L’arrestation récente de neuf personnes à Souk Ahras, accusées d’avoir fraudé l’allocation touristique de 750 euros, met en lumière bien plus qu’un simple fait divers : elle révèle les failles profondes d’un dispositif de change déconnecté des réalités économiques du pays.
Selon le parquet local, ces individus ont tenté de contourner la réglementation en effectuant des allers-retours illégaux entre l’Algérie et la Tunisie afin de satisfaire artificiellement la condition de séjour minimum à l’étranger. Une manœuvre risquée, mais révélatrice de l’absurdité d’un système qui encourage indirectement la fraude au lieu de la prévenir.
Les autorités ont certes réagi avec fermeté — comparution immédiate, mandat de dépôt, poursuites pour infractions aux lois sur les changes — mais la multiplication de ces affaires interroge l’efficacité même de la politique mise en place. Car si des citoyens sont prêts à traverser clandestinement les frontières, c’est avant tout parce que l’écart entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle est devenu indéfendable.
Avec un euro échangé autour de 150 dinars dans les circuits officiels contre près de 281 dinars sur le marché noir, l’allocation touristique se transforme en opportunité de rente quasi mécanique. Débourser environ 120 000 dinars pour obtenir 750 euros permet d’empocher plus de 90 000 dinars de bénéfice une fois la devise revendue illicitement. Ce différentiel massif, proche de 90 %, agit comme un puissant incitatif à la fraude, malgré les risques judiciaires.
Le « stratagème ingénieux » mis au jour par les enquêteurs — sorties légales, retours clandestins, nouveaux départs, puis ré-entrée officielle pour faire tamponner le passeport — n’est en réalité que l’expression d’une économie sous contrainte, où les citoyens cherchent à survivre ou à s’enrichir dans les interstices d’une réglementation rigide et dépassée.
En s’attaquant uniquement aux fraudeurs sans remettre en question les causes structurelles — contrôle strict des changes, pénurie de devises, coexistence assumée d’un marché noir florissant — l’Algérie risque de traiter les symptômes sans jamais soigner la maladie. Tant que le dinar restera artificiellement surévalué et que l’accès légal aux devises sera verrouillé, l’allocation touristique continuera d’alimenter les dérives qu’elle prétend encadrer.
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