Sonatrach lance un nouveau projet de dessalement à Chlef, présenté comme une avancée majeure pour l’accès à l’eau potable en Algérie. Mais derrière l’annonce officielle, le chantier illustre surtout l’incapacité chronique de l’État à anticiper, à planifier et à gérer durablement une ressource vitale.
Le lancement des travaux d’une nouvelle station de dessalement d’eau de mer à El Marsa, dans la wilaya de Chlef, sous la supervision du PDG de Sonatrach, s’inscrit dans une course contre la montre devenue récurrente en Algérie. Avec une capacité annoncée de 300 000 m³ par jour, cette installation est censée alimenter plusieurs wilayas de l’intérieur, parfois situées à plus de 200 kilomètres du littoral, révélant d’emblée l’ampleur du déséquilibre territorial et hydrique du pays.
Présenté comme un projet structurant, ce chantier intervient surtout après des années de pénuries d’eau aiguës, de rationnements prolongés et de colère sociale, notamment dans les régions intérieures. Le dessalement apparaît moins comme une stratégie planifiée que comme une réponse tardive à une crise devenue politiquement sensible, dans un pays pourtant doté d’importantes ressources financières issues des hydrocarbures.
Le calendrier annoncé — 22 mois pour une première phase à 150 000 m³ — souligne une autre réalité : l’urgence permanente dans laquelle opère l’administration algérienne. Faute d’entretien des barrages, de modernisation des réseaux de distribution (où les pertes dépassent souvent 40 %) et de politiques sérieuses de gestion de la demande, l’État multiplie les projets lourds, coûteux et énergivores, sans traiter les causes profondes du stress hydrique.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que Sonatrach affiche, dans le même temps, une santé financière florissante. En 2024, le groupe a dégagé un bénéfice net de 812 milliards de dinars, en hausse de 20 %, malgré la baisse des prix mondiaux de l’énergie. Une performance qui pose une question centrale : pourquoi un pays disposant de tels revenus a-t-il laissé se dégrader à ce point ses infrastructures hydrauliques et son aménagement du territoire ?
Le recours massif au dessalement, sans débat public sur son coût réel, son impact environnemental et sa dépendance énergétique, traduit une gouvernance par l’urgence et la communication. Alimenter des wilayas intérieures à 250 km de la mer par des usines côtières est un aveu d’échec de la politique de barrages, d’irrigation et de gestion intégrée de l’eau menée depuis des décennies.
En définitive, ces annonces successives masquent mal une réalité persistante : en Algérie, les projets structurants arrivent souvent après la crise, portés par des entreprises riches dans un État stratège défaillant, incapable de transformer la rente en sécurité hydrique durable pour sa population.
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