En réaffirmant son appui à Yasmine Fouad à la tête de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, Le Caire consolide une stratégie d’influence multilatérale, tout en valorisant son bilan environnemental contesté.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a réaffirmé, dimanche, le soutien « total » de l’Égypte à la mission de Yasmine Fouad, récemment désignée secrétaire exécutive de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.
Lors d’un entretien au Caire, les deux parties ont évoqué les moyens de renforcer la coopération entre l’Égypte et le secrétariat de la Convention, selon un communiqué officiel de la présidence.
Nommée le 22 mai 2025 à la tête de l’UNCCD, Yasmine Fouad incarne pour les autorités égyptiennes un double enjeu : la reconnaissance internationale d’un savoir-faire diplomatique et la consolidation du rôle du pays dans la gouvernance environnementale mondiale, notamment en Afrique et dans le monde arabe. Le discours présidentiel met en avant l’urgence de soutenir les objectifs de développement durable face à l’aggravation des crises climatiques, un registre désormais familier dans la communication officielle du régime.
Cette mise en avant s’inscrit toutefois dans une lecture stratégique. En soutenant activement une responsable égyptienne à la tête d’une convention onusienne juridiquement contraignante, Le Caire renforce sa présence dans les enceintes multilatérales, tout en cherchant à projeter l’image d’un acteur responsable et moteur sur les questions environnementales. Une posture qui contraste avec les critiques récurrentes d’ONG et d’experts sur la durabilité réelle de certains mégaprojets agricoles et de bonification des terres, souvent pointés pour leur forte pression sur des ressources hydriques déjà rares.
La présidence souligne l’engagement de l’Égypte dans la mise en œuvre de l’UNCCD, rappelant la ratification de la convention dès 1994 et le respect des obligations de reporting. Yasmine Fouad a, de son côté, salué les efforts du pays, citant les programmes de restauration des sols et les projets de mise en valeur agricole menés malgré la contrainte hydrique. Des propos qui relèvent autant de la diplomatie institutionnelle que d’une évaluation indépendante des résultats sur le terrain.
Figure reconnue de la diplomatie climatique, Yasmine Fouad dispose d’un parcours international solide, marqué par la présidence de la COP14 sur la biodiversité et son rôle lors de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et de la COP27. Son influence dans les négociations sur le financement climatique et la coordination des conventions de Rio renforce la crédibilité de sa nomination, au-delà des considérations nationales.
Reste que ce soutien présidentiel appuyé interroge sur la frontière entre engagement environnemental et diplomatie d’influence. Si la lutte contre la désertification constitue un enjeu vital pour l’Égypte et le continent africain, l’efficacité de l’action internationale dépendra moins des déclarations politiques que de la capacité à traduire ces ambitions en politiques cohérentes, mesurables et inclusives, dans un contexte mondial où la crédibilité climatique des États est de plus en plus scrutée.
MK/Sf/APA







