Face à une consommation intérieure croissante et à la pression sur ses recettes d’exportation, Alger prévoit d’investir près de 64 milliards d’euros dans les hydrocarbures d’ici 2030, sans résoudre les fragilités de son modèle énergétique.
L’Algérie prévoit de mobiliser 71,6 milliards de dollars, soit 63,8 milliards d’euros, dans les hydrocarbures à l’horizon 2030. Présenté le 17 octobre par le ministre Mohamed Arkab devant l’Assemblée populaire nationale, ce programme vise à porter la production primaire à 201 millions de tonnes équivalent pétrole, contre 193 millions attendues en 2026. Une ambition qui témoigne surtout de la difficulté du pays à desserrer son emprise sur les ressources fossiles.
Les hydrocarbures représentaient en moyenne 83% des exportations algériennes entre 2020 et 2024, selon la Banque mondiale. Sur les 71,6 milliards de dollars annoncés, 52 milliards seront consacrés à l’exploration et à la production. Sonatrach a signalé 17 découvertes depuis janvier, tandis que les partenariats avec des groupes étrangers doivent soutenir le renouvellement des réserves. Mais les découvertes ne garantissent ni une mise en production rapide ni des volumes exportables supplémentaires.
La pression vient également du marché intérieur. La consommation nationale de gaz a atteint 57,27 milliards de mètres cubes en 2025, en hausse de 8,9% sur un an, selon l’Energy Research Unit d’Attaqa. Le gaz, qui assure l’essentiel de la production électrique, est ainsi davantage mobilisé pour répondre aux besoins domestiques, au risque de réduire les volumes disponibles à l’exportation.
Alger entend parallèlement consacrer près de 13 milliards de dollars au raffinage et à la pétrochimie. La raffinerie de Hassi Messaoud, d’une capacité prévue de 5 millions de tonnes par an, doit notamment réduire les importations de carburants. Deux projets de polypropylène et une unité de MTBE complètent ce volet de valorisation industrielle.
Cette stratégie reste toutefois tributaire des cours internationaux. Entre janvier et septembre 2026, les ventes d’hydrocarbures ont rapporté 37,5 milliards de dollars, soutenues par un pétrole algérien autour de 97 dollars le baril. Une conjoncture favorable qui ne saurait masquer la vulnérabilité d’une économie dont les recettes extérieures demeurent largement liées aux marchés fossiles. Le programme accroît les capacités du secteur, mais laisse entière la question de la diversification économique.
MK/AK/Sf/APA





