Le Caire et Addis-Abeba durcissent leur confrontation diplomatique, sur fond de contentieux autour du Grand Barrage de la Renaissance (GERD)et de la recomposition des rapports de force dans la Corne de l’Afrique.
Le différend entre l’Egypte et l’Ethiopie a franchi un nouveau palier début octobre, avec l’expulsion réciproque de diplomates, tandis qu’Addis-Abeba accuse Le Caire de soutenir des groupes armés opposés aux autorités fédérales. L’Egypte rejette catégoriquement ces accusations et affirme ne jouer aucun rôle dans les tensions internes éthiopiennes. Cette nouvelle séquence intervient alors que les relations bilatérales restent dominées par le dossier du Grand Barrage de la Renaissance Ethiopienne (GERD).
Le 1er octobre, Addis-Abeba a déclaré «persona non grata» un membre de l’ambassade égyptienne et lui a accordé 48 heures pour quitter le territoire. Le Caire a répondu par une mesure similaire visant un conseiller de l’ambassade éthiopienne en Egypte. La crise s’est parallèlement élargie avec la décision éthiopienne de fermer son ambassade à Asmara et d’expulser dix diplomates érythréens, avant la rupture des relations diplomatiques annoncée par l’Erythrée.
Cette succession de décisions traduit une dégradation préoccupante de l’environnement diplomatique dans la Corne de l’Afrique. Le contentieux hydrique reste cependant le principal point de friction entre Le Caire et Addis-Abeba. Les autorités égyptiennes redoutent que l’exploitation du barrage et d’éventuelles nouvelles infrastructures hydrauliques réduisent leur marge de sécurité concernant les ressources du Nil, notamment lors des périodes de sécheresse. Le Caire continue ainsi de réclamer un accord juridiquement contraignant sur le remplissage et l’exploitation du barrage.
La crise prend une dimension régionale avec le rapprochement entre l’Egypte, l’Erythrée, le Soudan et la Somalie. Réunis à Al-Alamein le 4 octobre, leurs dirigeants ont réaffirmé les principes de souveraineté, d’intégrité territoriale, de non-ingérence et de respect du droit international. Leur déclaration commune insiste également sur la nécessité de préserver les usages actuels des eaux du Nil par l’Egypte et le Soudan et rejette toute mesure unilatérale susceptible de les affecter.
L’escalade actuelle révèle surtout la fragilité des mécanismes de règlement du contentieux. La réciprocité diplomatique permet de répondre aux expulsions, elle ne règle ni la question du Nil ni les différends sécuritaires qui se multiplient dans la région. L’Union africaine a appelé les parties à la retenue et au maintien du dialogue. Le principal risque réside désormais dans un engrenage où les crises internes, les rivalités régionales et le contentieux hydrique pourraient se renforcer mutuellement.
MK/AK/Sf/APA





