Le Gouvernement sénégalais veut renforcer l’insertion et la réinsertion des jeunes vulnérables, notamment ceux pris en charge par la protection judiciaire, en facilitant leur accès à la formation, à l’apprentissage, à l’emploi et au financement, a déclaré le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Maître Moussa Sarr.
« Que devient un jeune, le lendemain du jour où la protection judiciaire s’achève ? », s’est interrogé le ministre sénégalais de la Justice, en ouvrant un panel de haut niveau consacré à la mise en place d’un dispositif et d’un fonds opérationnels d’insertion et de réinsertion.
Pour Maître Moussa Sarr, l’enjeu est désormais de garantir une continuité entre la prise en charge judiciaire et sociale et l’accès à l’autonomie.
La Direction générale de la protection judiciaire et sociale (DGPJS) accompagne chaque année près de 17 000 mineurs confiés par l’autorité judiciaire, parmi lesquels des victimes, des témoins, des jeunes en danger ou en conflit avec la loi, ainsi que des jeunes majeurs de moins de 21 ans en situation de vulnérabilité.
« À chacun, l’État doit une réponse adaptée, et jamais la seule sanction », a affirmé le ministre, plaidant pour une approche fondée sur la protection, l’éducation, la réparation et la reconstruction.
412 pensionnaires réussissent aux examens professionnels
Le dispositif de prise en charge permet déjà à de nombreux jeunes d’acquérir des compétences professionnelles. En 2025, plus de 412 pensionnaires des centres ont réussi aux examens professionnels, dont 311 attestés et 101 admis au Certificat d’aptitude professionnelle (CAP).
Les formations portent notamment sur la menuiserie, la coiffure, la tapisserie, l’électricité, le froid et la climatisation ainsi que la restauration.
Mais pour le Garde des Sceaux, l’obtention d’un diplôme ne constitue que le début du processus d’insertion.
« Nous leur avons appris un métier, et nous les laissons au seuil de l’atelier sans la clé », a-t-il déploré, pointant les difficultés d’accès aux stages, à l’apprentissage, au premier emploi et aux financements nécessaires à la création d’une activité.
Il estime que l’autonomie économique constitue un rempart essentiel contre le retour à la rue, l’exploitation, la précarité et la récidive.
Le Fonds de réinsertion appelé à jouer un rôle central
Le Gouvernement a institué, par le décret n° 2024-792 du 26 mars 2024, le Fonds de réinsertion des mineurs et jeunes majeurs en situation de vulnérabilité.
Ce mécanisme doit permettre de financer et d’accompagner les initiatives des jeunes et de faciliter leur insertion socioprofessionnelle.
« Mais un fonds seul ne suffit pas », a prévenu Maître Moussa Sarr, appelant à une mobilisation des administrations publiques, du secteur privé, des partenaires techniques et financiers et de la société civile.
Il a notamment invité les structures publiques à réserver une place aux jeunes vulnérables dans leurs programmes, à travers notamment des bourses et des quotas.
Les entreprises sont, elles, appelées à ouvrir davantage leurs portes aux stages, aux contrats de qualification et aux premiers emplois.
« Elles doivent voir dans ces jeunes non pas des risques, mais des opportunités », a-t-il insisté.
Une responsabilité collective
Pour le ministre de la Justice, la réussite de la politique de réinsertion dépendra de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble et à assurer une véritable continuité de l’accompagnement.
« La réinsertion n’est pas une faveur, c’est un droit », a-t-il déclaré, estimant qu’un jeune passé par la protection judiciaire « ne doit être ni une victime à vie, ni un délinquant à vie ».
Le panel doit ainsi permettre de définir une architecture plus cohérente reliant protection, rééducation, formation et insertion professionnelle.
« Entre ces deux destins, il n’y a parfois qu’une porte ouverte ou fermée. Cette porte, c’est à nous tous de l’ouvrir », a conclu Maître Moussa Sarr, réaffirmant la volonté du Gouvernement de « ne laisser aucun jeune au bord du chemin ».
TE/Sf/APA





