Et si l’avenir économique de la Côte d’Ivoire se dessinait désormais au cœur de ses régions ? C’est le pari ambitieux porté par le Comité de Concertation État-Secteur Privé (CCESP), qui a choisi de décentraliser le Dialogue Public-Privé pour le rapprocher des réalités locales.
Du 31 août au 4 septembre 2026, la ville de San-Pedro, située dans le Sud-ouest ivoirien, a accueilli un atelier thématique majeur dédié à la « Dynamique de la concertation avec le Secteur Privé local et ses effets sur l’attractivité du Pôle de San-Pedro ».
Loin des salons feutrés d’Abidjan, cette initiative marque une volonté claire d’impulser la transformation structurelle des territoires à partir du terrain. Cet atelier s’inscrit dans le cadre du Programme d’appui à l’amélioration du Climat des affaires pour la transformation structurelle de l’économie (PACA-CI).
Lancé en 2021 avec l’appui technique et financier de la Banque Africaine de Développement (BAD), ce programme vise à lever les obstacles réglementaires et à renforcer les PME locales pour garantir une croissance inclusive, génératrice d’emplois et de revenus décents.
Un géant économique aux ambitions renouvelées

Le choix de San-Pedro pour matérialiser cette dynamique ne doit rien au hasard. Deuxième poumon industriel du pays, la région concentre 5 % des unités industrielles ivoiriennes. Portée par des secteurs clés comme le cacao, le bois, la minoterie et le ciment, elle abrite également le deuxième port autonome de la Côte d’Ivoire, point névralgique des exportations de fèves.
Pourtant, d’importantes marges de progression subsistent. Comme l’a rappelé Traoré Djibril, Secrétaire Général I de Préfecture et représentant du Préfet de Région, l’ambition nationale est de faire de San-Pedro la destination la plus attractive du pays en matière d’investissements hors d’Abidjan.
Pour y parvenir, le nouveau Plan national de développement (PND) 2026-2030 prévoit des infrastructures d’envergure : le futur Aéroport International et son aérocité, la ligne de chemin de fer Abidjan-San Pedro-Tabou, une extension de la zone industrielle portuaire, la construction d’un CHU, ainsi que l’achèvement de l’électrification totale de la région.
Malgré ces atouts considérables, les entrepreneurs locaux font face à des défis quotidiens qui pèsent sur leur compétitivité. Lors des échanges, plus de 350 acteurs de l’écosystème régional, autorités préfectorales, collectivités, chefs d’entreprises, groupements agricoles, jeunes et femmes entrepreneurs ont pointé du doigt plusieurs obstacles majeurs.
Lever les freins structurels et fiscaux

La fiscalité figure en tête des préoccupations. La pression fiscale, le manque de prévisibilité et la mise en œuvre de réformes récentes comme la facture normalisée électronique ou les taxes touristiques fragilisent le tissu économique local. À cela s’ajoute la récurrence des contrôles administratifs, perçus comme des sources de coûts et de retards décourageants pour l’investissement.
Les participants ont également insisté sur la nécessité de sécuriser le foncier économique (notamment pour l’artisanat et le tourisme balnéaire) et de mieux aligner la formation du capital humain avec les besoins réels des entreprises de la région.
Refusant de s’en tenir à un simple constat, le CCESP et les forces vives de San-Pedro ont traduit ces doléances en une feuille de route opérationnelle. Sur le plan fiscal, un mécanisme de veille sera mis en place pour faire remonter les difficultés des opérateurs directement au CCESP ou à la direction régionale des Impôts, afin qu’elles soient intégrées aux prochaines annexes fiscales.
Le potentiel de l’entrepreneuriat agricole et vivrier bénéficiera également d’un accompagnement renforcé pour faciliter l’accès au financement et au foncier rural. Pour garantir l’efficacité de ces mesures, un calendrier d’exécution progressif a été validé.
Les travaux feront d’abord l’objet d’un rapport de synthèse officiel et d’une matrice des engagements. Ensuite, un plan d’action formel sera adopté par le Comité local de concertation de San-Pedro, soutenu par un système de suivi régulier via un tableau de bord périodique.
En plaçant, au centre des solutions, le secteur privé de San-Pedro, deuxième ville portuaire de la Côte d’Ivoire, le Comité de Concertation État-Secteur Privé (CCESP) trace la voie d’un développement régional concerté et durable.
AP/APA





