L’ancien colonel de la Gendarmerie nationale Alpha Yaya Sangaré a été condamné jeudi 3 septembre à 20 ans de réclusion criminelle pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État, dans une affaire liée à la publication de son ouvrage sur la lutte contre le terrorisme.
La Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a écarté la qualification de trahison retenue par le ministère public et requalifié les faits contre Alpha Yaya Sangaré en atteinte à la sûreté extérieure de l’État. Il a été condamné à 20 ans d’emprisonnement.
La juridiction a également accordé un franc CFA symbolique à l’État malien, constitué partie civile, et ordonné la confiscation des exemplaires du livre saisis au cours de la procédure.
Lors de l’audience du 27 août, le parquet avait requis la peine de mort contre l’ancien officier, en s’appuyant sur les dispositions de l’ancien Code pénal relatives à la trahison. Alpha Yaya Sangaré avait contesté les accusations, tandis que ses avocats avaient plaidé l’annulation de la procédure et l’acquittement de leur client.
Le dossier avait été mis en délibéré jusqu’au 3 septembre. Le verdict intervient environ deux ans et demi après l’interpellation de l’ancien colonel à Bamako.
Un livre au cœur de l’affaire
L’affaire trouve son origine dans la publication, en décembre 2023, de l’ouvrage Mali : le défi du terrorisme en Afrique, présenté au public le 24 février 2024 à l’École de maintien de la paix Alioune Blondin Bèye de Bamako.
Dans ce livre consacré à la lutte antiterroriste et aux réponses institutionnelles à la crise sécuritaire, l’auteur reprend notamment des accusations figurant dans des rapports d’organisations de défense des droits humains faisant état d’abus présumés contre des civils lors d’opérations militaires.
Le ministère malien de la Défense avait réagi le 1er mars 2024 en dénonçant des « accusations infondées » visant les Forces armées maliennes ainsi que certains passages mettant en cause la hiérarchie militaire. Le département avait alors annoncé que l’auteur serait soumis à la réglementation en vigueur.
Alpha Yaya Sangaré avait été interpellé dès le lendemain à son domicile. Son arrestation avait d’abord été confirmée par sa famille, avant de l’être par les autorités militaires. Human Rights Watch l’avait présenté comme un lanceur d’alerte et appelé à sa libération.
Une radiation des forces armées
Parallèlement à la procédure judiciaire, une procédure administrative avait été engagée contre l’ancien officier.
Le décret n°2025-861/PT-RM, publié le 12 décembre 2025, avait prononcé sa radiation des Forces armées et de sécurité « par mesure disciplinaire », à la suite d’un Conseil d’enquête tenu le 1er décembre. Le texte ne précisait toutefois pas les manquements à l’origine de cette sanction.
Avec le jugement rendu jeudi, le procès devant la Chambre criminelle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité arrive à son terme. Aucune information sur un éventuel recours de la défense n’était disponible dans l’immédiat.
MD/te/Sf/APA







