L’Égypte accélère la diversification de son enseignement supérieur pour absorber la hausse du nombre d’étudiants et rapprocher les formations du marché du travail, mais la progression des cursus payants fait émerger un risque croissant d’inégalités selon les ressources des familles.
Le paysage universitaire égyptien connaît une transformation rapide. Avec près d’une centaine d’universités, le pays développe parallèlement aux établissements publics traditionnels des universités privées à but non lucratif, dites « Ahliya », des établissements technologiques, des formations à crédits et des partenariats avec des institutions étrangères. Cette recomposition s’inscrit dans la stratégie nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique lancée en 2023 et dans les objectifs de la Vision Égypte 2030.
L’ambition affichée est de construire des universités de « nouvelle génération », davantage tournées vers l’innovation, la recherche et les besoins des entreprises. L’Égypte comptait environ 32 universités Ahliya durant l’année universitaire 2025-2026. Pour Meawad El Kholy, président de l’Université de New Mansoura, ces établissements doivent notamment renforcer les liens entre enseignement, recherche scientifique, innovation et service à la société. Ils développent également des coopérations internationales et des doubles diplômes susceptibles d’améliorer l’employabilité des étudiants.
Mais derrière cette modernisation apparaît une question financière de plus en plus sensible. Les frais annuels des universités Ahliya commencent autour de 55 000 livres égyptiennes dans certaines formations et peuvent atteindre 165 000 livres pour la médecine, soit environ 950 à 2 850 euros. Même inférieurs aux tarifs de certaines universités privées, ces montants introduisent une sélection économique difficilement dissociable du pouvoir d’achat des familles.
La frontière entre enseignement gratuit et payant devient d’autant moins nette que les universités publiques développent elles-mêmes des programmes à crédits facturés aux étudiants. La gratuité constitutionnelle n’est pas formellement remise en cause, mais elle coexiste désormais avec une offre dans laquelle l’accès à certains cursus, spécialités ou conditions de formation dépend davantage des capacités financières. La spécialiste des systèmes éducatifs Bothaina Abdel-Raouf décrit ainsi un système où enseignement gratuit, cursus payants et universités Ahliya fonctionnent parallèlement.
La diversification soulève aussi un défi de qualité. Les programmes à crédits offrent davantage de flexibilité et évitent notamment qu’un échec dans une matière entraîne systématiquement le redoublement d’une année entière. Mais Yomna Safwat, doyenne de la faculté Al-Alsun de l’Université de Aïn-Chams, souligne que ce modèle nécessite un accompagnement académique solide pour éviter que la multiplication des choix ne désoriente les étudiants. L’expansion rapide des établissements et des partenariats internationaux pose parallèlement la question du maintien de standards académiques communs.
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