Face à la menace de l’extrémisme violent en provenance du Sahel et aux défis sécuritaires internes, la Côte d’Ivoire déploie une stratégie associant cohésion sociale, développement économique et technologies de surveillance. Pour l’expert en sécurité Dominique Amata, la stabilité des territoires repose autant sur la prévention des fractures communautaires que sur le renforcement des capacités des forces de sécurité.
La Côte d’Ivoire mise sur une approche multidimensionnelle de la sécurité, combinant cohésion sociale, développement économique et innovations technologiques pour renforcer sa résilience face aux défis sécuritaires, notamment dans les régions frontalières du Sahel, estime l’expert en sécurité Dominique Amata.
Selon lui, « la cohésion sociale est une composante du sentiment de sécurité », dans un contexte où la protection des populations, des infrastructures stratégiques et des investissements est étroitement liée à la stabilité des communautés.
Cette approche s’appuie sur une croissance économique soutenue que les autorités entendent mettre au service de la prévention des crises. L’objectif est de consolider les équilibres sociaux afin de limiter les risques de tensions susceptibles d’alimenter l’insécurité.
Dans cette perspective, le ministère de la Cohésion nationale a lancé en avril 2026 la troisième édition de l’Indice national de solidarité et de cohésion sociale (INSCS), mobilisant 200 enquêteurs sur l’ensemble du territoire. Fondé sur neuf dimensions et près de 150 indicateurs, cet outil vise à fournir aux décideurs une cartographie des vulnérabilités locales afin d’orienter les politiques publiques.
Les défis restent toutefois importants, comme l’ont illustré les tensions enregistrées en juillet dans le département frontalier de Bouna, où la chefferie traditionnelle Lobi a contesté les modalités de désignation des représentants à la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels. Pour Dominique Amata, la prévention de ce type de différends est essentielle afin d’éviter qu’ils ne dégénèrent en crises sécuritaires.
Dans cette logique, le gouvernement a inauguré en mai dernier à Dabou la « Maison des Chefs », qui abrite le Centre multiethnique de médiation et d’arbitrage (CMMA). « Face aux risques de fractures communautaires, la chefferie traditionnelle est le premier maillon opérationnel de la sécurité de proximité », souligne l’expert.
La stratégie sécuritaire ivoirienne repose également sur le renforcement de la capacité financière de l’État. Créé en avril 2026, le Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI), alimenté par les revenus des secteurs minier, énergétique et agricole, doit financer les infrastructures et contribuer à la stabilisation économique face aux chocs extérieurs.
Cette assise financière accompagne le déploiement d’un modèle de sécurité intégrant les technologies numériques. À Abidjan, le programme « Safe City », basé sur des caméras intelligentes et des centres de commandement développés notamment avec les groupes chinois ZTE et Huawei, permet aux forces de sécurité d’améliorer leur capacité d’anticipation et de réaction.
« Ces dispositifs ne se substituent pas aux forces de sécurité, mais ils leur permettent de gagner en anticipation, en réactivité et en capacité d’intervention », explique Dominique Amata, estimant qu’ils constituent « un multiplicateur d’efficacité » pour la protection des infrastructures critiques.
L’expert insiste toutefois sur le fait que les outils technologiques ne peuvent produire leurs effets sans l’adhésion des populations. À Bongouanou, les autorités policières ont ainsi multiplié les campagnes de sensibilisation contre les incivilités et la diffusion de fausses rumeurs, considérées comme des facteurs de tensions communautaires.
Face aux risques de propagation de l’extrémisme violent depuis le Sahel, Abidjan privilégie enfin une réponse associant sécurité et développement. À travers les projets ATINORD et COSO, soutenus par la Banque mondiale, l’État investit dans les infrastructures, l’agriculture, l’accès à l’eau et la santé dans les régions frontalières.
Selon les données de la Banque mondiale, ces programmes ont permis la réalisation de 917 infrastructures en Côte d’Ivoire, au bénéfice d’environ 700 000 personnes. Plus de 90 % des bénéficiaires interrogés estiment que ces investissements ont contribué à renforcer la cohésion sociale, illustrant, selon Dominique Amata, le rôle du développement local comme levier durable de la sécurité nationale.
AC/Sf/APA







