Pour endiguer les ravages de l’exploitation illégale de l’or, l’État ivoirien opère un virage stratégique majeur. Réunis à Aboisso (Sud-est), autorités politiques, chefs traditionnels et populations ont scellé une alliance nouvelle pour passer du « tout-répression » à une gouvernance participative et durable du sous-sol.
Face aux limites de la seule réponse sécuritaire contre l’orpaillage clandestin, l’Etat ivoirien change de paradigme. A Aboisso, dans la Région du Sud-Comoé, durement impactée par ce fléau, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a mobilisé les communautés.
Devant le corps préfectoral, les élus locaux et la chefferie traditionnelle, le message s’est voulu sans concession : l’éradication de ce drame social et écologique exige désormais l’implication directe et la responsabilisation des communautés locales.
Plantant le décor, le ministre a rappelé la vision historique des richesses de la Côte d’Ivoire. Si le père fondateur, Félix Houphouët-Boigny, avait priorisé l’agriculture au lendemain de l’indépendance, il avait prédit que les générations futures tireraient profit du sous-sol. Une prophétie aujourd’hui matérialisée par le président Alassane Ouattara.
Une ambition minière ancrée dans l’héritage national

« Le président de la République (…) est arrivé à la conclusion que le moment est venu pour notre pays de prendre avantage de son sous-sol », a expliqué Mamadou Sangafowa-Coulibaly, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie.
Cette ambition s’incarne dans une politique intégrée reposant sur des piliers non négociables. Le ministre a martelé que l’activité minière ne doit jamais asphyxier l’économie rurale : « L’un des principes est que l’exploitation de notre sous-sol ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture, mais bien au contraire, [elle] doit se faire pour profiter au secteur agricole. »
À cela s’ajoutent les impératifs de préservation environnementale et d’équité dans la redistribution des revenus. Tout en saluant le travail des forces de défense, il a souhaité que cette concertation permette de passer « de la seule neutralisation des sites clandestins à la reconquête durable des territoires ».
« Le tout-répression ne suffit pas »

Abordant le cœur du problème qui frappe particulièrement le département d’Aboisso, le représentant du gouvernement a livré un diagnostic lucide sur la persistance de l’orpaillage illégal, malgré une décennie de déguerpissements militaires à répétition.
« Pourquoi le phénomène persiste ? (…) Nous sommes arrivés à une conclusion : c’est que le phénomène persiste parce que le tout-répression ne suffit pas. Il faut donner aux populations une alternative », a soutenu le ministre.
Pour rompre ce cycle, la tutelle veut installer les chefs de villages et les riverains aux postes de commandement de la vigilance : « Il faut que nous mettions les communautés au cœur de la recherche de solutions. » Exigeant un langage de vérité, il a prévenu l’auditoire de l’urgence d’agir collectivement : « Nous sommes tous perdants si cela persiste. »
Cet appel au sursaut a reçu l’adhésion immédiate et totale des forces vives de la région. Prenant la parole, Eugène Aka Aouélé, président du Conseil régional du Sud-Comoé et du CESEC, a dépeint l’orpaillage clandestin comme une « catastrophe écologique » doublée d’un « réseau structuré de criminalité » qui fragilise à la fois les terres agricoles et l’autorité de l’État.
Le pilier coutumier s’est également aligné sur cette feuille de route. Sa Majesté Amon Tanoé Désiré, président de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels, a dénoncé la pollution massive des cours d’eau locaux, rappelant que les communautés vivent ce calvaire au quotidien.
Fort de la proximité des chefs avec les populations, le souverain a réaffirmé le plein engagement de la chefferie à briser l’omerta : les gardiens de la tradition se tiennent prêts à relayer la sensibilisation, à dénoncer les complicités internes et à mobiliser le monde rural aux côtés des autorités minières.
La bataille d’Aboisso pourrait bien sonner le début d’une nouvelle ère dans la régulation minière en Côte d’Ivoire.
AP/Sf/APA





