L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) multiplie les initiatives législatives depuis le début de l’année, mais peine encore à s’imposer comme un véritable contre-pouvoir face à une présidence tunisienne qui concentre l’essentiel des pouvoirs, selon une analyse du politiste Hatem M’rad.
Depuis plusieurs mois, le Parlement tunisien affiche une activité accrue, rompant avec l’image d’une institution réduite à un simple rôle d’enregistrement depuis son élection en 2022. Cette évolution reste toutefois limitée et ne remet pas en cause la prééminence du président Kaïs Saïed dans l’architecture institutionnelle du pays, estime Hatem M’rad dans une tribune publiée mardi.
Depuis le début de 2026, les députés ont déposé plusieurs propositions de loi portant notamment sur la régularisation des prêts agricoles, la réforme du code électoral, les infractions de change, les avantages accordés aux retraités, la législation sur les stupéfiants ou encore la réforme de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA).
Pour l’universitaire, cette multiplication des initiatives traduit un retour progressif du travail parlementaire, avec davantage de débats, d’amendements et de textes portés directement par les élus.
Il relève notamment que certains projets ont été renvoyés en commission à la demande de leurs propres initiateurs afin d’être approfondis, une pratique qui témoigne, selon lui, d’une volonté de plusieurs députés de reprendre leur rôle législatif après une période d’effacement.
Cette dynamique ne signifie toutefois pas un véritable rééquilibrage des pouvoirs. Hatem M’rad souligne qu’aucune initiative parlementaire majeure ne s’est opposée aux orientations du chef de l’État. Certaines propositions, notamment celles liées au renforcement des sanctions pénales ou à la réforme électorale, s’inscrivent même dans la continuité de la ligne défendue par Kaïs Saïed depuis le 25 juillet 2021.
Selon le politiste, l’indépendance réelle du Parlement ne se mesurera pas uniquement au nombre de textes déposés, mais à sa capacité à adopter des lois susceptibles de diverger des choix présidentiels. Or, la Constitution de 2022 a renforcé les prérogatives du chef de l’État, réduisant les marges d’action de l’ARP.
Ainsi, le Parlement tunisien semble avoir retrouvé une certaine activité institutionnelle, sans pour autant exercer pleinement sa fonction de contre-pouvoir. Derrière le regain de production législative, l’équilibre politique demeure largement dominé par la présidence de Kaïs Saïed.
MK/te/Sf/APA







