Élu au Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, le Mali retrouve une tribune internationale stratégique pour défendre son patrimoine vivant, dans un contexte où plusieurs de ses traditions demeurent menacées par les conflits et les déplacements de populations.
Bamako fait son retour à l’UNESCO, au sein de l’instance où se décident une partie des reconnaissances internationales, des mesures de sauvegarde d’urgence et des financements consacrés au patrimoine culturel immatériel. Son nouveau mandat 2026-2030 au Comité pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel ne constitue donc pas seulement un succès diplomatique. Il permet au Mali de siéger dans un organe chargé d’examiner les candidatures aux listes de l’UNESCO, les demandes d’assistance internationale, l’accréditation des ONG ainsi que l’utilisation du Fonds pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Le Mali connaît bien ce comité. Il y avait siégé de 2006 à 2010, peu après avoir ratifié, le 3 juin 2005, la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Son retour, seize ans plus tard, intervient dans un contexte bien plus difficile. Depuis la crise déclenchée en 2012, les conflits dans le nord et le centre du pays ont affecté de nombreuses pratiques rituelles, musicales, festives, artisanales et communautaires, notamment à Tombouctou, Gao, Kidal et Mopti.
Le pays compte aujourd’hui neuf éléments inscrits sur les listes du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO : le Yaaral et le Degal, la Charte du Manden, le Sanké mon, les Kôrêdugaw, le M’bolon, l’Imzad, les masques et marionnettes de Markala, la réfection septennale du Kamablon ainsi que les pratiques liées au balafon et au kolintang. Trois de ces éléments figurent sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, rappelant que la reconnaissance internationale ne suffit pas, à elle seule, à garantir leur pérennité.
L’enjeu est désormais concret. Le Mali défend deux dossiers dans le cycle 2026 : l’un consacré aux pratiques et expressions culturelles liées au Bôgôlan, l’autre à la parenté et à l’alliance à plaisanterie, présenté conjointement avec le Burkina Faso et le Niger. Ce second dossier confère une dimension régionale au mandat malien, puisqu’il met en valeur des mécanismes traditionnels de médiation, d’humour ritualisé, de cohésion sociale et de prévention des tensions entre communautés.
Ce retour intervient également alors que l’UNESCO a déjà soutenu plusieurs initiatives de sauvegarde au Mali. Un inventaire réalisé après la crise de 2012 a permis de recenser 211 éléments du patrimoine culturel immatériel et de former 249 personnes aux méthodes d’inventaire communautaire. Un autre projet, mis en œuvre entre 2024 et 2026, vise à renforcer la sauvegarde du Sanké mon, des Kôrêdugaw et du M’bolon, trois éléments inscrits sur la Liste de sauvegarde urgente.
Pour Bamako, le défi sera désormais de transformer ce retour au sein du Comité en une influence tangible. Il s’agira de défendre les candidatures maliennes, de mobiliser davantage de financements internationaux, d’accompagner les communautés détentrices de ces savoirs, de renforcer les inventaires et de protéger les pratiques les plus menacées dans les zones touchées par les conflits. Dans un pays où la guerre a profondément affecté les lieux de mémoire, les rites et les formes de sociabilité, le patrimoine culturel immatériel apparaît plus que jamais comme un levier de reconstruction sociale et de résilience.
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