Malgré une deuxième défaite consécutive des Lions à la Coupe du monde 2026, cette fois face à la Norvège (3-2), les milliers de supporters réunis à la Place de la Nation ont continué d’y croire jusqu’au bout. Entre critiques sur les choix du sélectionneur, interrogations sur la forme de certains cadres et espoir d’un sursaut face à l’Irak, la ferveur n’a pas faibli dans la nuit dakaroise.
Minuit passé. À la Place de la Nation, les écrans géants éclairent encore une marée de maillots verts, jaunes et rouges. Malgré l’heure tardive, la Fanzone a une nouvelle fois refusé du monde pour accompagner les Lions dans leur deuxième sortie de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis.
Mais au coup de sifflet final, les chants ont laissé place à un silence inhabituel. Battu 3 buts à 2 par la Norvège après une première défaite contre la France (3-1), le Sénégal n’a plus le droit à l’erreur et devra impérativement s’imposer face à l’Irak pour espérer poursuivre son aventure mondiale.
Pourtant, l’espoir a longtemps habité les supporters. À la pause, alors que les Vikings menaient 1-0, certains avaient déjà choisi de quitter les lieux, convaincus que la soirée tournerait mal. D’autres ont préféré rester, refusant d’abandonner leur équipe.
Ils ont failli être récompensés. Grâce à un doublé d’Ismaïla Sarr, les Lions ont entretenu l’espoir d’un retour. Dans les dernières minutes, chaque montée de balle sénégalaise faisait bondir la foule. Chaque centre dans la surface provoquait des cris d’encouragement. Pendant quelques instants, la Place de la Nation a cru au nul.
« Nous ne retrouvons plus le Koulibaly que nous connaissons »
Parmi les supporters encore présents après le match, Chérif Diouf peine à cacher sa déception. Vêtu du maillot national, des lunettes dissimulant des yeux rougis par la fatigue, il tente d’analyser la prestation des Lions. « C’est aussi cela, le football. Mais nous avons constaté certaines erreurs. Nous ne retrouvons plus le Kalidou Koulibaly que nous connaissons. Il ne semble pas être à son meilleur niveau. Nous avons également le sentiment que les changements ont tardé à intervenir. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de déception et d’amertume », lâche-t-il. Son intervention est rapidement interrompue par d’autres supporters qui se pressent autour du micro d’APA pour exprimer leur frustration.
Mais son constat est partagé par plusieurs supporters présents dans la Fanzone.
Un supporter tchadien toujours derrière les Lions
Casquette noire vissée sur la tête et maillot du Sénégal porté fièrement, Ismaël Mahamat refuse cependant de sombrer dans le pessimisme. Ce ressortissant tchadien suit avec passion le parcours des Lions de la Téranga.
« Le Sénégal pouvait mieux faire. Sérieusement, quand on joue le football de haut niveau, quand on a les occasions, on marque », analyse-t-il. Le supporter tchadien pointe également la situation de Kalidou Koulibaly. « Pour moi, il aurait dû commencer sur le banc. Il n’avait pratiquement pas joué ces derniers mois avec son club en Arabie saoudite. Aujourd’hui, cela a coûté cher à l’équipe », estime-t-il.
Pour lui, le scénario ressemble fortement à celui du match contre la France. « On a vu cela contre la France et aujourd’hui cela se répète encore. Nous sommes au bord de l’élimination, mais peut-être qu’au prochain match contre l’Irak, on pourra faire mieux », relève-t-il.
Malgré la situation comptable compliquée, il continue de croire aux chances sénégalaises. « Avec une victoire et davantage de buts, je pense qu’on peut encore finir parmi les meilleurs troisièmes », espère-t-il, la confiance intacte envers les Lions. « Je continue de croire au Sénégal, comme je crois aux autres équipes africaines. Nous continuons d’espérer une victoire de notre continent, inch’Allah. »
Le regret de l’absence des supporters aux États-Unis
Quelques mètres plus loin, Babacar Thiaw, membre du 12e Gaïndé, porte avec fierté les couleurs nationales. Malgré la déception, il refuse de céder au découragement.
« Nous sommes vraiment désolés. En tant que supporters, nous avons le droit d’exprimer notre ressenti. Le Sénégal est champion d’Afrique et nous devions montrer davantage de caractère », affirme-t-il. Pour lui, les leaders de l’équipe auraient dû davantage peser sur le destin des Lions. « Dans cette Coupe du monde, plusieurs grandes stars ont porté leurs équipes, à l’image de Lionel Messi ou d’Erling Haaland. Nous espérions voir nos leaders jouer ce rôle. »
Babacar Thiaw regrette également l’absence des principaux groupes de supporters sénégalais dans les stades américains. « Une équipe qui joue sans ses supporters perd une partie de sa force. Si cela ne tenait qu’à nous, les Lions ne disputeraient jamais un match sans le 12e Gaïndé, Allez Casa ou Lébougui. Nous sommes convaincus que notre soutien apporte un supplément d’âme à l’équipe. »
Toujours croire
Malgré les critiques, aucun des supporters interrogés n’envisage d’abandonner les Lions.
« Nous ne nous découragerons jamais. Même si l’équipe perdait plusieurs matchs, nous resterions à ses côtés. Nous gardons l’espoir de battre l’Irak et de nous qualifier pour les seizièmes de finale », assure Babacar Thiaw.
Autour de lui, les écrans géants s’éteignent progressivement. Les derniers groupes quittent lentement la Place de la Nation. La fatigue se lit sur les visages, mais pas la résignation.
Dans les discussions qui se poursuivent aux abords de la Fanzone, un même mot revient inlassablement : espoir.
Car pour ces milliers de supporters, tant qu’il reste un match à jouer, le rêve mondial n’est pas encore terminé.
AC/Sf/APA







