Le Caire met en place un cadre juridique inédit qui transfère progressivement la gestion des réfugiés aux autorités nationales, tout en maintenant un rôle d’appui pour le HCR.
L’Égypte a franchi une étape majeure dans la réforme de sa politique migratoire avec la publication du règlement d’application de la loi sur l’asile des étrangers, adoptée en 2024. Le décret du Premier ministre n°1568 de 2026 fixe les modalités pratiques de la première législation égyptienne intégrée consacrée à l’asile et ouvre la voie à une reprise progressive du dossier par les institutions nationales. Le texte, qui entrera en vigueur dans trois mois, organise également la transition pour les réfugiés et demandeurs d’asile actuellement enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Les dispositions transitoires prévoient le maintien de la validité des cartes délivrées par le HCR jusqu’à leur expiration ou jusqu’à leur remplacement par les nouveaux documents émis par la future Commission permanente des affaires des réfugiés. Les titulaires de documents arrivant prochainement à échéance devront engager les procédures de régularisation auprès de cette nouvelle instance, tandis qu’un délai supplémentaire est accordé aux personnes dont les documents ont déjà expiré.
Selon Achraf Milad, avocat spécialisé dans le droit des réfugiés et ancien responsable des Nations Unies, cette réforme constitue « un tournant majeur dans la gestion de la question des réfugiés en Égypte ». Jusqu’à présent, le pays s’appuyait principalement sur les conventions internationales, notamment celles de Genève de 1951 et de l’Organisation de l’unité africaine de 1969. Depuis un protocole conclu en 1954, le HCR assurait l’essentiel des missions liées à l’enregistrement, à l’examen des demandes et à la détermination du statut de réfugié.
Au cœur du nouveau dispositif figure la Commission permanente des affaires des réfugiés, composée de représentants des ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Justice et des Finances, ainsi que d’experts spécialisés. Cette structure est appelée à reprendre progressivement les prérogatives jusqu’ici exercées par le HCR. La réforme intervient dans un contexte de forte pression migratoire. D’après les données citées par Achraf Milad, le nombre de réfugiés soudanais enregistrés en Égypte est passé d’environ 57 000 avant le conflit déclenché au Soudan en avril 2023 à plus de 850 000 aujourd’hui. Le nombre total de réfugiés enregistrés dans le pays atteint désormais près de 1,1 million de personnes.
Les autorités et les partisans de la réforme estiment que cette évolution permettra un meilleur suivi administratif et sécuritaire des populations concernées, tout en facilitant l’accès à des financements internationaux destinés à soutenir les efforts d’accueil. Les besoins annuels liés à la prise en charge des réfugiés en Égypte dépassent 137 millions de dollars, selon les estimations citées dans le dossier, alors que les ressources disponibles restent insuffisantes.
Pour Ahmed Badawi, président de la Fondation égyptienne pour le soutien aux réfugiés, l’adoption de ce cadre institutionnel répond à la transformation de l’Égypte en pays d’accueil majeur dans la région. Il souligne toutefois la nécessité d’évaluer régulièrement l’application de la loi afin de préserver l’équilibre entre les impératifs de souveraineté de l’État, les engagements internationaux du pays et la protection des droits fondamentaux des réfugiés. Cette réforme intervient alors que le débat sur l’accueil des populations déplacées reste particulièrement sensible dans l’opinion publique, sur fond de crises régionales persistantes au Soudan, en Syrie et dans la bande de Gaza.
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