Le gouvernement malien a suspendu la circulation des motos de 125 cm³ et plus en dehors des grandes agglomérations sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure intervient dans un contexte sécuritaire marqué par les attaques coordonnées du 25 avril et par l’usage fréquent des deux-roues par les groupes armés au Sahel.
Les autorités maliennes ont décidé de suspendre la circulation des motocyclettes d’une cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ hors des grandes agglomérations, selon un arrêté interministériel signé le 3 juin 2026 à Bamako par les ministres chargés de la Défense, de la Justice, de l’Administration territoriale, de la Sécurité et des Transports.
Le texte précise que la mesure s’applique sur toute l’étendue du territoire national, à l’exception des grandes agglomérations. Sont considérés comme telles le district de Bamako, les chefs-lieux de région, les chefs-lieux de cercle et les chefs-lieux d’arrondissement. L’arrêté prévoit toutefois que le représentant de l’État au niveau régional peut également suspendre la circulation des motos concernées dans un chef-lieu de cercle ou d’arrondissement, en fonction de la situation locale.
L’application de la décision relève des commandants des théâtres d’opération de l’opération « Dougoukoloko », de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale. Le texte est entré en vigueur dès sa signature.
Dans une décision distincte, le gouvernement a également suspendu, pour une durée d’un an renouvelable, l’importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution à titre gratuit des motos de 125 cm³ et plus, ainsi que de leurs accessoires, sur l’ensemble du territoire national. Les opérateurs économiques disposant de stocks ou de commandes en cours doivent les déclarer auprès des services compétents dans un délai de quatre-vingt-dix jours. Les engins non déclarés pourront être saisis par les agents habilités.
Ces mesures interviennent un peu plus d’un mois après les attaques coordonnées du 25 avril, qui ont visé plusieurs localités maliennes, dont Kati, Bamako, Gao, Sévaré, Mopti et Kidal. Ces attaques ont été revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, ainsi que par des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad, selon Reuters. L’armée malienne avait annoncé avoir repoussé les assauts et lancé des opérations de ratissage dans les zones touchées.
La question des motos occupe une place centrale dans les dispositifs sécuritaires au Sahel. Dans plusieurs zones rurales du Mali, du Burkina Faso et du Niger, les groupes armés utilisent ces engins pour se déplacer rapidement sur des pistes difficiles d’accès, transporter des combattants, acheminer du carburant, mener des missions de reconnaissance et se replier après des attaques. Leur coût relativement faible, leur disponibilité sur les marchés locaux et leur capacité à circuler dans des zones peu accessibles aux véhicules lourds en font un moyen de mobilité largement utilisé dans les conflits asymétriques.
La Global Initiative Against Transnational Organized Crime a relevé, dans une étude consacrée au marché des motos au Sahel, que ces engins jouent un double rôle dans la région. Ils sont indispensables à la mobilité des populations et à l’économie locale, mais sont également intégrés aux réseaux de trafic et aux chaînes logistiques des groupes armés. L’organisation souligne que les États sahéliens ont déjà eu recours à des interdictions de circulation, à des restrictions de vente ou à des limitations par cylindrée pour tenter de réduire cette mobilité.
Au Mali, l’enjeu concerne un territoire de plus de 1,24 million de kilomètres carrés, où les distances, l’état des routes et la faible densité de certains services publics rendent les déplacements particulièrement difficiles. Selon les données de la Banque mondiale, plus de la moitié de la population malienne vit encore en milieu rural. Dans ces zones, la moto demeure l’un des moyens de transport les plus utilisés pour rejoindre les marchés, les champs, les centres de santé, les écoles ou les services administratifs.
Des travaux récents sur la diffusion des motos en Afrique subsaharienne indiquent que le Mali figure parmi les pays où leur usage domestique est particulièrement répandu. Dans un contexte marqué par la faiblesse des transports publics et l’accès limité à des routes praticables toute l’année, les deux-roues assurent une part importante des déplacements quotidiens, notamment dans les zones rurales et périurbaines.
La mesure intervient également dans un contexte humanitaire tendu. Selon le Plan de réponse humanitaire 2026 pour le Mali, 5,1 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire dans le pays et 3,8 millions sont ciblées par les acteurs humanitaires. Les restrictions de mouvement, l’insécurité et les difficultés d’accès aux zones affectées figurent parmi les principales contraintes signalées par les organisations humanitaires dans plusieurs régions.
Les autorités maliennes présentent ces décisions comme des mesures de sécurité publique destinées à réduire la capacité de mouvement des groupes armés. Leur mise en œuvre dépendra notamment des contrôles sur les axes routiers, de la coordination entre les forces de défense et de sécurité, de la déclaration des stocks existants et de l’application effective des restrictions dans les zones situées hors des grandes agglomérations.
La suspension de la circulation et celle de l’importation s’ajoutent à un ensemble de mesures sécuritaires prises ces dernières années dans le centre, le nord et d’autres parties du pays afin d’encadrer les déplacements, de renforcer les contrôles et de limiter les capacités logistiques des groupes armés. Les modalités pratiques d’application, notamment pour les urgences, les activités économiques locales, les services publics et les déplacements indispensables, détermineront l’impact concret de ces décisions sur les populations concernées.
MD/te/Sf/APA





