Le manque de compétences adaptées aux besoins du marché du travail constitue désormais un obstacle majeur à la croissance économique en Afrique, selon une analyse publiée par la Banque mondiale dans un billet de blog consacré à la question.
La Banque mondiale met en évidence un écart grandissant entre les qualifications disponibles en Afrique et les attentes des employeurs, une situation qui freine la productivité, limite l’expansion des entreprises et ralentit la création d’emplois sur le continent.
L’analyse de l’institution financière souligne notamment que plus d’un jeune Africain sur cinq n’est ni en emploi, ni en formation, ni scolarisé. Ce constat reflète les faiblesses persistantes des systèmes éducatifs et leur inadéquation avec les besoins réels du marché du travail.
Les entreprises de taille moyenne et les grandes sociétés peinent ainsi à recruter des profils qualifiés, un problème qui influence de plus en plus leurs décisions d’embauche et leurs capacités de croissance.
La Banque mondiale insiste également sur les lacunes observées dès les premières années d’apprentissage. Seule une faible proportion d’enfants africains est capable de lire et de comprendre une phrase simple à l’âge de 10 ans, un indicateur considéré comme déterminant pour les futurs apprentissages et l’insertion professionnelle. Selon l’institution, ces insuffisances éducatives précoces se traduisent plus tard par des pénuries de compétences sur le marché du travail.
Le billet revient par ailleurs sur les conclusions d’un rapport publié en 2019 autour des compétences en Afrique subsaharienne. Le document mettait déjà en avant deux défis majeurs : trouver un équilibre entre les compétences favorisant la productivité et celles soutenant l’inclusion sociale, ainsi qu’entre l’enseignement de base et la formation technique et professionnelle. Aujourd’hui, ces arbitrages deviennent encore plus complexes dans un contexte de ralentissement de la transformation économique et de tensions croissantes sur les marchés de l’emploi.
Les systèmes d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP) sont particulièrement critiqués. Bien qu’ils aient vocation à préparer les jeunes à l’emploi, de nombreux programmes demeurent insuffisamment alignés sur les besoins des entreprises, réduisant ainsi leur efficacité face au chômage et aux déficits de productivité.
Pour remédier à cette situation, la Banque mondiale met en avant les partenariats mondiaux de compétences.
Ces initiatives reposent sur une coopération entre pays d’origine et pays d’accueil afin de développer des formations adaptées aux besoins du marché tout en favorisant la mobilité des travailleurs qualifiés.
Des projets pilotes menés entre l’Allemagne, le Ghana et le Sénégal dans les secteurs de la construction, des énergies renouvelables et des technologies de l’information sont notamment cités en exemple.
Selon les promoteurs de ces partenariats, ce modèle permettrait de mieux connecter les formations aux attentes des employeurs tout en ouvrant davantage de perspectives professionnelles aux travailleurs africains sur les marchés internationaux confrontés à des pénuries de main-d’œuvre.
L’analyse identifie également un déficit important en matière de données sur l’insertion professionnelle des diplômés. Dans plusieurs pays africains, l’absence de suivi systématique des parcours des apprenants complique l’évaluation de l’efficacité des programmes de formation ainsi que l’orientation des étudiants.
Quelques avancées sont toutefois relevées. Le Rwanda, par exemple, dispose d’un système de suivi des diplômés permettant de mesurer les taux d’insertion et les délais d’accès à l’emploi. Le Chili est aussi présenté comme un modèle de référence grâce à des données détaillées permettant de comparer les établissements et les filières.
Enfin, la Banque mondiale met en garde contre les effets des mutations technologiques rapides. La progression du numérique, de l’automatisation et de l’intelligence artificielle transforme profondément les besoins en compétences, renforçant la demande en savoirs fondamentaux et en compétences numériques. Cette évolution accentue également les inégalités d’accès au numérique, notamment chez les femmes, en raison de contraintes liées aux infrastructures, au coût de l’accès et au manque de maîtrise des outils digitaux.
L’institution estime qu’en l’absence de réformes rapides, le décalage entre les compétences disponibles et les besoins du marché pourrait devenir un frein structurel durable à la croissance économique africaine. Elle appelle ainsi à renforcer les apprentissages fondamentaux, améliorer l’adéquation entre formation et emploi, développer les partenariats public-privé et produire davantage de données fiables sur le marché du travail.
GIK/lb/te/Sf/APA






