Le classement relayé par Business Insider Africa plaçant l’Algérie au troisième rang africain de la production d’électricité met en avant la puissance de ses capacités énergétiques. Pourtant, plusieurs déséquilibres structurels continuent de limiter la transformation de cette avance énergétique en véritable puissance industrielle diversifiée.
Selon les données citées par Business Insider Africa et issues de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), classé au troisième rang africain de la production d’électricité, l’Algérie a produit plus de 95.627 GWh, pointant derrière l’Afrique du Sud et l’Égypte.
Les autorités et les médias algériens présentent ce résultat comme la preuve de la solidité du secteur énergétique national et de l’émergence du pays comme acteur stratégique de l’électricité sur le continent africain.
Le classement mérite néanmoins d’être relativisé. La performance algérienne repose presque exclusivement sur le gaz naturel, qui représente environ 99% de la production électrique du pays selon les données reprises par le rapport.
Cette forte dépendance expose durablement le système énergétique algérien aux fluctuations des revenus gaziers et ralentit la diversification énergétique pourtant régulièrement affichée comme priorité stratégique par les autorités.
Le contraste apparaît d’autant plus marqué que plusieurs économies africaines accélèrent désormais leurs investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures hybrides. L’Égypte développe simultanément le solaire, l’éolien et le nucléaire civil, tandis que le Maroc poursuit l’extension de ses capacités renouvelables afin de réduire sa dépendance aux hydrocarbures importés.
L’Algérie conserve certes une capacité de production importante grâce à l’abondance de ses ressources gazières, mais cette rente énergétique continue de structurer l’ensemble du modèle électrique national.
Les comparaisons mises en avant avec le Maroc ou le Nigéria traduisent également une lecture principalement quantitative du secteur. Produire davantage d’électricité ne signifie pas automatiquement disposer d’un tissu industriel plus performant ou d’une meilleure compétitivité économique.
Une partie importante de l’économie algérienne demeure encore fortement dépendante des hydrocarbures, alors que les capacités de transformation industrielle hors énergie restent limitées au regard du potentiel financier accumulé depuis plusieurs décennies.
Le discours autour de « l’indépendance énergétique » masque aussi les défis internes liés à la hausse continue de la consommation domestique, aux besoins de modernisation des infrastructures et au poids des subventions énergétiques dans les finances publiques. L’augmentation des capacités de production permet pour l’instant d’absorber la demande nationale, mais la question de la soutenabilité du modèle reste posée à moyen terme dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique.
MK/AK/Sf/APA






