Face à des défis transnationaux qui fragilisent les ressources et les moyens de subsistance en Afrique de l’Ouest, les acteurs publics, professionnels et partenaires misent sur une approche concertée pour structurer l’action collective, renforcer la gouvernance et ancrer durablement le secteur de la pêche artisanale dans des dynamiques de résilience et de transparence.
La pêche artisanale constitue « le premier rempart contre la précarité des communautés côtières », a rappelé Dr Khallahi Brahim, secrétaire permanent de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP), en ouvrant les travaux.
Mais ce secteur, essentiel à la sécurité alimentaire, à l’emploi et à la cohésion sociale de la région, fait face à des menaces croissantes : surexploitation des ressources, mobilité transfrontalière des pêcheurs, concurrence avec la pêche industrielle, insécurité en mer et pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).
« Face à de telles menaces, il serait illusoire de penser que des réponses strictement nationales suffiraient », a-t-il averti.
C’est dans ce contexte qu’un nouveau mécanisme de gouvernance régionale pour la pêche artisanale en Afrique de l’Ouest a été officiellement lancé ce mardi, sous l’égide de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP).
Pendant trois jours, les États membres, les organisations professionnelles et les partenaires internationaux travailleront ensemble à doter le Groupe technique de la pêche artisanale (GTPA) d’une feuille de route opérationnelle.
L’Union européenne a annoncé une enveloppe de près de 60 millions d’euros — mobilisée via plusieurs programmes — pour soutenir une pêche artisanale durable, résiliente et équitable. Une part significative sera consacrée à la lutte contre la pêche INN et à l’appui direct aux pêcheries artisanales.
Le représentant de la délégation européenne a néanmoins tempéré.
« L’argent ne suffit pas. C’est votre expertise, votre engagement et votre collaboration qui feront la différence », a-t-il souligné.
Les pêcheurs artisans au cœur des décisions
L’Association ouest-africaine pour le développement de la pêche artisanale (EPA) a salué une démarche qui intègre pleinement les professionnels du secteur.
« Sans participation active et crédible des acteurs de la pêche artisanale, il ne peut y avoir de développement », a déclaré son secrétaire exécutif, Moussa Mbengue, annonçant l’engagement total de l’EPA dans les travaux du GTPA.
La représentante de l’ONG Blue Ventures a formulé quatre axes structurants pour le groupe : l’articulation avec les directives volontaires de la FAO à l’échelle régionale ; la sanctuarisation de zones réservées à la pêche artisanale pour réduire les conflits d’usage ; le renforcement de la cogestion et de la participation communautaire ; et l’amélioration de la transparence et de l’accès aux données.
Selon les chiffres de la FAO, la pêche artisanale pourvoit en micronutriments essentiels plus de 300 millions de personnes sur le continent. Elle a appelé à harmoniser les systèmes de collecte de données, à mieux évaluer les stocks partagés et à renforcer le suivi participatif.
À l’issue de ces trois jours, les participants devront valider les termes de référence du GTPA, arrêter ses priorités immédiates et adopter sa feuille de route. L’enjeu dépasse la zone CSRP : faire du groupe un modèle de gouvernance participative exportable à d’autres régions.
« Ce groupe doit nous permettre de rapprocher ce qui, trop souvent, fonctionne en parallèle : les politiques de pêche, la science et la profession », a conclu M. Brahim.
ARD/te/Sf/APA







