Le tribunal correctionnel de Paris a ouvert ce lundi 9 mars 2026 le procès de la compagnie espagnole Swiftair pour homicides involontaires, dans l’affaire du crash du vol AH5017 Ouagadougou-Alger survenu le 24 juillet 2014 et ayant coûté la vie à 116 personnes, dont 23 Burkinabè.
C’est comme si c’était hier », confie à nos confrères de LeFaso.net Maître Halidou Ouédraogo, président de l’Association des parents des victimes, au lendemain de l’ouverture des audiences à Paris, du procès du vol AH5017. Pour lui et les siens, la blessure reste vive malgré les années écoulées. L’avocat exprime l’espoir des familles de voir enfin la justice établir clairement les responsabilités de ce drame.
Douze ans après la tragédie, les familles des victimes du vol AH5017 attendent de ce procès ce qu’aucune indemnisation n’a pu leur donner : la vérité.
Le crash, survenu le 24 juillet 2014 dans le ciel du Sahel malien peu après le décollage de Ouagadougou, avait emporté 116 passagers et membres d’équipage de dix-neuf nationalités différentes, dont 54 Français et 23 Burkinabè. La compagnie espagnole Swiftair, qui opérait l’appareil pour le compte d’Air Algérie, comparaît aujourd’hui pour homicides involontaires devant le tribunal correctionnel de Paris.
Ce procès est l’aboutissement d’un long et douloureux parcours judiciaire. « Nous avons opté au départ pour un règlement à l’amiable, mais celui-ci est resté incomplet », rappelle Maître Ouédraogo. Les familles ont multiplié les démarches : saisine des autorités burkinabè, tentatives de contacts avec l’Algérie, interpellation de l’Union européenne. C’est finalement après que cette dernière a estimé que Paris pouvait connaître du dossier que la procédure a pu aboutir.
Pour l’Association des parents des victimes, constituée partie civile dans cette affaire, les responsabilités sont en partie déjà connues.
« L’avion n’avait pas été révisé alors qu’il aurait dû l’être. C’était un appareil loué et préparé dans des conditions déplorables, qui avait déjà connu plusieurs problèmes », dénonce le président de l’association, qui pointe également la situation du commandant de bord, « qui ne devait plus piloter ». La justice devra, selon lui, établir clairement les responsabilités des affréteurs et des locataires de l’appareil, des aspects qui ont, dit-il, été « éludés jusqu’à présent ».
Malgré l’importance historique de ce procès, les familles burkinabè ne seront pas physiquement représentées à Paris. L’avocat mandaté par l’association n’a pu se rendre en France, faute de moyens suffisants pour financer son déplacement et son séjour durant les deux semaines que devraient durer les audiences.
« Nous allons suivre le déroulement du procès à travers la presse », admet Maître Ouédraogo, non sans amertume. Avant d’ajouter : « Nos victimes ont été oubliées, que ce soit de notre côté, du côté de la France ou de la part de ceux qui étaient impliqués dans cette affaire. »
Sur le plan mémoriel, l’association a érigé une stèle à la cité An II de Ouagadougou, avec le soutien des autorités burkinabè et de partenaires internationaux. Mais le monument souffre aujourd’hui de fissures et de dégradations, et les familles appellent à un renforcement de l’implication de l’État et des autres pays concernés par la tragédie.
Le message de Maître Ouédraogo à l’adresse de la justice est sans équivoque : « Nous ne voulons pas que l’Afrique devienne un dépotoir où l’on envoie des avions en mauvais état. »
Au-delà du verdict, les familles espèrent que ce procès servira de leçon pour prévenir de futures catastrophes aériennes.
Le procès devrait se poursuivre pendant environ deux semaines.
Ho/Sf/APA







