Ferveur intacte, clients moins nombreux : à Dakar, les commerçants d’articles religieux traversent un Ramadan marqué par le ralentissement économique, même si la valeur spirituelle du chapelet, elle, ne connaît pas la crise.
Au marché Tilène, dans la capitale sénégalaise, les vendeurs de chapelets vivent un Ramadan en demi-teinte : si la ferveur religieuse reste intacte, la conjoncture économique pèse sur les ventes.

Ce lundi matin, la lumière hésite encore sur les toits de la Médina. Les étals s’installent dans le silence, les commerçants arrangent leurs articles avec des gestes lents, et les clients se font rares. Le Ramadan est là, mais l’affluence tarde. Ceux qui vendent des objets religieux attendent, avec cette patience particulière que le mois saint semble distiller dans les corps.
« Le chapelet n’est pas qu’un objet, c’est un compagnon de prière », dit Abou Sow, qui tient son étal ici depuis plusieurs années. « En Ramadan, chacun cherche à multiplier les bonnes actions. Le chapelet aide à tenir le compte. » Son commerce s’est pourtant déplacé. Comme plusieurs autres vendeurs du marché Tilène, il a dû recomposer avec l’espace depuis que les travaux liés aux Jeux olympiques de la jeunesse – que Dakar accueillera vers la fin 2026 -, ont redessiné les contours de l’Avenue Blaise Diagne. Nul n’est parti, mais chacun a dû trouver un nouvel emplacement, sans quitter la Médina.
À quelques mètres de là, Mamadou Niang dispose ses articles avec soin. Sa gamme s’étend de 500 francs CFA (environ 0,90 dollar) pour les modèles courants, jusqu’à 100 000 francs CFA (environ 180 dollars) pour les pièces de prestige. Bois précieux, ambre, pierres semi-précieuses : l’offre est large, mais les acheteurs se font désirer. « Avant, ça marchait bien, soupire-t-il. Cette année, la situation économique retient les gens », fait-il constater.

Pourtant, pour certains clients, venir choisir un chapelet ne relève pas d’un simple acte d’achat. Anna Guèye a arrêté son choix sur un modèle à 25 000 francs CFA (environ 45 dollars). Elle le tient entre ses doigts avant même de régler. « Quand j’ai des soucis, je le prends, je le parfume, je fais mes invocations. À chaque fois, Dieu exauce mes prières», soutient-elle. Pour elle, l’objet a une valeur que le prix ne suffit pas à mesurer.
Cette dimension spirituelle structure un commerce bien réel. Au Sénégal, la vente de chapelets et d’objets religieux constitue une activité saisonnière qui prend de l’ampleur à l’approche du Ramadan. Des marchés de Dakar aux rues de Saint-Louis et de Thiès, des centaines de petits vendeurs en tirent l’essentiel de leurs revenus sur quelques semaines, à la croisée de la foi, de l’artisanat local et des importations venues d’Asie ou du monde arabe.
Au marché Tilène, entre les étals colorés et les effluves d’encens, le chapelet circule donc moins comme une marchandise ordinaire que comme un objet chargé, trait d’union entre dévotion et quotidien, entre tradition et économie de survie.
AC/Sf/APA







