Réunis à Dakar, les membres du réseau Solutions Think Tank (STT) ont placé au cœur de leurs travaux l’industrialisation, l’économie réelle et le financement, considérés comme les piliers d’une transformation durable des économies ouest-africaines.
Dakar accueille, du 9 au 13 février la 14e rencontre du réseau Solutions Think Tank (STT) autour d’un thème « Vers une transformation structurelle des économies ouest-africaines : économie réelle, industrialisation et financement. »
Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires persistants, une pression démographique forte et des tensions budgétaires accrues, chercheurs, décideurs publics et partenaires européens ont convergé sur un diagnostic partagé : la croissance enregistrée ces dernières décennies en Afrique de l’Ouest n’a pas suffisamment transformé les structures productives.
La région demeure dominée par l’agriculture de subsistance, les services informels et l’exportation de matières premières faiblement transformées. L’industrie manufacturière représente en moyenne autour de 9 % du PIB régional, limitant la création d’emplois stables et qualifiés.
« L’Afrique de l’Ouest fait face à un défi majeur : transformer sa croissance en développement durable. Il y a une part importante de la réponse aux crises que connaît la région qui relève de l’économie, notamment de la création d’opportunités et d’emplois pour les jeunes », a constaté Dr Gilles Olakunle-Yabi, directeur exécutif de WATHI, hôte de la rencontre.
Selon lui, la transformation structurelle suppose une diversification des secteurs, un renforcement de l’industrialisation et le développement d’économies fondées sur la connaissance, capables de créer des opportunités aussi bien en zones rurales qu’urbaines.
Il insiste également sur l’interconnexion des enjeux. « On ne peut pas aborder les questions de paix, de gouvernance et de développement économique de manière isolée. Elles sont profondément liées », note-t-il.
Du côté des autorités sénégalaises, Dr Cheikh Omar Ba, conseiller du Président de la République, a rappelé que les résultats des réflexions doivent être « appropriés par les autorités » pour être utiles.
Il a mis en avant les initiatives engagées par l’État du Sénégal, notamment à travers les pôles territoriaux, les agropoles et les nouvelles unités industrielles récemment inaugurées. Pour lui, la transformation structurelle est une condition sine qua non du développement durable.
« Sans industrialisation, on ne peut pas créer suffisamment d’emplois ni générer des revenus durables, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain. Et si l’on n’est pas dans une transformation structurelle, on ne peut rien bâtir de durable. On ne peut pas parler de développement sans parler de paix, ni sans parler d’éducation », a-t-il relevé.
Le défi central du financement
Au-delà de l’industrialisation, la question du financement a occupé une place centrale dans les échanges.
Dr Cheikh Omar Ba a attiré l’attention sur une confusion fréquente dans les politiques publiques. « On confond souvent crédit et financement. Mettre des crédits à disposition ne suffit pas. Il faut un financement structuré et durable », a-t-il indiqué.
Il a plaidé pour une rationalisation des dispositifs existants, notamment dans le secteur rural, afin d’améliorer leur impact réel sur les communautés. La loi d’orientation agro-sylvo-pastorale en cours de finalisation au Sénégal devrait, selon lui, contribuer à structurer davantage l’appui au secteur productif.
Dans un contexte de dette croissante et de marges budgétaires réduites dans plusieurs pays de la région, la soutenabilité financière et la mobilisation de ressources innovantes figurent parmi les axes prioritaires de réflexion.
Les participants ont également souligné l’importance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme levier stratégique pour développer des chaînes de valeur régionales, harmoniser les normes et élargir les marchés.
Les pays ouest-africains disposent d’importantes ressources agricoles (arachide, cacao, coton), minières (or, bauxite, fer) et énergétiques (gaz, hydroélectricité, pétrole). Mais sans transformation locale, la valeur ajoutée demeure captée ailleurs.
« La transformation structurelle des économies, c’est ce qui permet d’avoir plus d’industrialisation, mais aussi de créer des opportunités adaptées aux atouts de chaque territoire », a souligné Dr Gilles Yabi.
Un espace de dialogue entre Afrique et Europe
La rencontre a également été marquée par la participation de partenaires européens, notamment la Fondation Konrad-Adenauer et Chatham House.
Dr Stéphanie Brinkel, représentante résidente de la Fondation Konrad-Adenauer en Côte d’Ivoire, a rappelé que le réseau STT, créé en 2018, vise à offrir un cadre d’échange aux think tanks ouest-africains.
« Un développement durable nécessite une économie performante. Dans le contexte actuel, cela suppose une transformation structurelle capable d’avoir un impact réel sur l’ensemble de la population », a-t-elle indiqué.
Pour Dr Cheikh Omar Ba, la coopération Afrique-Europe doit évoluer vers une coproduction des connaissances. « Un État souverain ne devrait pas craindre l’expertise indépendante. Au contraire, il devrait s’en nourrir pour fonder ses décisions stratégiques », a-t-il soutenu.
À l’issue des travaux, les membres du réseau STT ambitionnent de formuler des recommandations opérationnelles et des messages clés à l’attention des décideurs publics, du secteur privé et des partenaires au développement.
Parmi les leviers identifiés figurent le renforcement des infrastructures productives, notamment dans les secteurs de l’énergie, du transport et de la logistique, le développement de chaînes de valeur régionales dans l’agro-industrie, le textile et le numérique, ainsi que l’amélioration de l’accès au financement pour les PME.
Les participants ont également insisté sur l’alignement de la formation professionnelle sur les besoins du marché et sur l’accélération de l’intégration régionale afin d’élargir les marchés et stimuler l’investissement productif.
ARD/ac/Sf/APA







