Entre appels, messages symboliques et réceptions officielles, le président algérien multiplie les séquences diplomatiques. Derrière l’affichage d’un activisme soutenu avec l’Italie, la Chine et le Portugal, subsistent des interrogations sur la portée concrète et l’équilibre stratégique de ces initiatives.
Au lendemain de l’inauguration de la ligne ferroviaire minière du Sud, le président Abdelmadjid Tebboune a enchaîné, hier, les séquences diplomatiques, donnant à voir un exécutif mobilisé sur plusieurs fronts à la fois. Cet activisme s’inscrit dans la continuité du discours officiel sur le retour de l’Algérie au centre des dynamiques régionales et internationales, mais sa traduction économique et politique demeure contrastée selon les partenaires.
La relation avec l’Italie a été remise en avant à travers un entretien téléphonique avec la présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni. Le communiqué de la présidence algérienne annonce une prochaine visite de la dirigeante italienne à Alger après le mois de Ramadan, assortie de la proposition de création d’une chambre de commerce algéro-italienne. Si la coopération bilatérale est régulièrement qualifiée d’« exceptionnelle », elle repose essentiellement sur des projets structurants dominés par les intérêts énergétiques européens, notamment le corridor South H2 pour l’hydrogène vert et les investissements massifs d’ENI dans les hydrocarbures.
La diversification économique algérienne, souvent mise en avant, reste ainsi largement dépendante de partenariats asymétriques, dans lesquels l’Italie apparaît davantage comme bénéficiaire stratégique que comme partenaire strictement équilibré. Les discussions ont également porté sur les enjeux euro-africains et migratoires, dans le sillage du Plan Mattei porté par Rome. Là encore, le discours du « gagnant-gagnant » se heurte à une réalité plus complexe, la lutte contre l’immigration irrégulière renvoyant prioritairement aux préoccupations européennes de contrôle des flux.
La deuxième séquence diplomatique a pris la forme d’un échange épistolaire avec le président chinois Xi Jinping, à la suite du lancement du satellite AlSat-3. Le ton chaleureux des messages confirme la solidité d’un partenariat algéro-chinois régulièrement qualifié de stratégique. Pékin s’impose comme un acteur central dans les infrastructures, les technologies avancées et désormais le spatial, au risque de renforcer une dépendance technologique et industrielle dont les bénéfices en matière de transfert de compétences restent difficiles à mesurer.
Au total, cette séquence illustre une présidence omniprésente sur la scène internationale, mais aussi une diplomatie encore largement centrée sur l’affichage et les annonces. La question centrale demeure celle de l’impact tangible de ces initiatives sur la transformation économique du pays et sur la consolidation d’une souveraineté stratégique qui ne se réduise pas à la multiplication des partenariats.
MK/Sf/APA







