L’insécurité persistante dans le nord-est du Nigéria empêche les agriculteurs d’accéder à leurs champs et menace gravement la sécurité alimentaire de millions de personnes. Les agences des Nations Unies mettent en garde contre un risque de basculement vers une catastrophe humanitaire.
Les enlèvements, les attaques de groupes armés et la multiplication des engins explosifs improvisés perturbent fortement les activités agricoles dans les États de Borno, Adamawa et Yobe, au nord-est du Nigéria, ont alerté mercredi des agences humanitaires. Cette dégradation sécuritaire pousse les agriculteurs à abandonner leurs terres et entrave la circulation des produits vers les marchés locaux.
D’après le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), la violence gagne en intensité et en sophistication. Entre janvier et novembre 2025, le Service de lutte antimines des Nations Unies (UNMAS) a enregistré au moins 158 incidents liés à des engins explosifs improvisés, causant 296 victimes civiles, dont 151 décès.
Plusieurs incidents récents illustrent la gravité de la situation, notamment l’explosion d’un engin le 5 décembre dans la communauté de Wajari, à Banki, qui aurait tué quatre enfants, ainsi qu’une attaque contre un convoi commercial le 9 décembre sur l’axe Maiduguri–Monguno.
Face à ces menaces, les zones rurales sont de plus en plus désertées. Selon l’OCHA, de nombreux champs restent en jachère ou ne sont récoltés que partiellement, les ouvriers agricoles refusant de s’aventurer au-delà des zones sécurisées par les forces militaires. Les convois humanitaires rencontrent également des difficultés croissantes pour accéder aux communautés isolées.
Cette situation aggrave une crise alimentaire déjà sévère. Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) estime que plus de 4,8 millions de personnes dans les trois États du nord-est sont actuellement confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou pire. À l’échelle nationale, environ 27 millions de Nigérians sont affectés, un chiffre susceptible d’atteindre 35 millions lors de la prochaine saison de soudure en 2026.
Les organisations humanitaires appellent à une réponse urgente et coordonnée, incluant la sécurisation des couloirs agricoles, les transferts monétaires, le soutien à la production locale, les programmes d’alimentation scolaire et la distribution accrue de semences. Sans ces mesures, préviennent-elles, la région risque de sombrer dans une catastrophe alimentaire de grande ampleur.
Le nord-est du Nigéria est en proie depuis plus de dix ans à un conflit armé qui a déplacé des millions de personnes et fragilisé les moyens de subsistance. À cette crise sécuritaire s’ajoute une épidémie de choléra en cours dans l’État de Borno, où plus de 400 cas suspects et plusieurs décès ont été signalés, aggravant encore la vulnérabilité des populations.
DM/ac/APA







