La FAO égrène une série d’actions et de solutions innovantes face à l’adaptation climatique et au financement vert, à l’issue de la 17ᵉ réunion de l’équipe multidisciplinaire du Bureau sous-régional de l’organisation onusienne pour l’Afrique de l’Ouest (MDT17), tenue à Abidjan du 18 au 21 novembre 2025.
Durant quatre jours, les participants à la réunion de l’équipe multidisciplinaire du Bureau sous-régional de la FAO ont eu des échanges riches et constructifs, articulés autour de sessions plénières, panels thématiques, présentations de posters et visites de terrain autour du thème : « Mécanismes de financement innovant et réformes structurelles pour l’adaptation climatique ».
L’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui à la croisée des chemins. La région est l’une des plus vulnérables aux effets du changement climatique, avec des conséquences directes sur la sécurité alimentaire, la nutrition et la stabilité socio-économique.
Les chiffres révèlent que 47 millions de personnes pourraient être en situation d’insécurité alimentaire dès la fin de 2025 si des mesures urgentes ne sont pas prises. Ces données montrent l’urgence d’agir et le problème climatique en est une cause principale.
« Cela nous impose de repenser nos approches, d’intégrer la résilience climatique dans toutes nos politiques et de mobiliser des ressources financières innovantes pour soutenir des solutions durables », indique l’organisation onusienne.
« L’adaptation climatique n’est pas une option, c’est une condition de survie pour nos systèmes agroalimentaires et nos populations », a estimé le ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières de Côte d’Ivoire, Adjoumani Kobenan.
« Nous ne pouvons plus attendre. Les projections sont alarmantes : des baisses de rendement de 20 à 25 % pour les principales cultures d’ici 2050 si nous n’agissons pas », a déclaré le ministre d’Etat, Adjoumani Kouassi Kobenan.
Approches innovantes
« Allouez des ressources domestiques significatives, en visant l’objectif d’autofinancement à 50% », a lancé Kobenan Adjoumani, invitant les pays à « créer un environnement propice à l’investissement privé, en levant les barrières réglementaires et en offrant des incitations ».
Sur le plan financier la réunion a recommandé une mobilisation des instruments innovants tels que les obligations vertes, les fonds souverains, les partenariats public-privé et les mécanismes carbone, ainsi que le renforcement de la mobilisation endogène par la fiscalité environnementale, les éco-taxes et la création de fonds nationaux pour le climat.
La FAO appelle, en outre, à investir dans la digitalisation et les systèmes d’information pour une planification fondée sur des données fiables, et à consolider les partenariats multi-acteurs, incluant le secteur privé, la société civile et les communautés locales.
L’organisation souligne que « la 34e Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique devrait consolider nos priorités, d’harmoniser nos positions et de mobiliser les ressources nécessaires ».
Les besoins en adaptation sont immenses, mais les flux financiers actuels sont très en deçà des besoins identifiés.
Moins de 20% des financements climat mondiaux sont orientés vers l’adaptation, et la part dédiée aux systèmes agroalimentaires reste marginale. Cela requiert des plans nationaux d’adaptation ambitieux, alignés sur les priorités sous-régionales.
Bintia Stephen Tchikaya, coordonnatrice du Bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest a appelé à la promotion des semences améliorées pour accroître la productivité et réduire les pertes post-récoltes, développer les systèmes alimentaires durables et inclusifs, intégrant la protection sociale, l’emploi des jeunes et des femmes.
Elle a invité les Etats à accélérer l’économie circulaire et l’innovation technologique, notamment dans la revalorisation des déchets, renforcer la résilience des systèmes pastoraux, l’agroforesterie, et transformer les engagements en résultats tangibles.
Des actions concrètes
Les participants ont eu l’opportunité de visiter le site « Living Soils » à Abidjan, où ils ont observé des pratiques innovantes telles que l’utilisation des larves de « mouches soldats noires » pour l’alimentation animale.
Cette approche illustre parfaitement l’agriculture circulaire : transformer les déchets organiques en protéines de qualité pour l’aviculture et l’aquaculture. Une visite au Parc Nature a complété cette expérience par une immersion dans la biodiversité et la culture locale.
Les participants ont souligné l’importance de la souveraineté alimentaire, de la digitalisation des systèmes agroalimentaires et de l’intégration des jeunes et des femmes dans les chaînes de valeur. Ils ont également examiné l’application des 4 Betters (Meilleure production, Meilleure nutrition, Meilleur environnement et Meilleures conditions de vie) dans les pays.
Les échanges ont permis d’identifier des stratégies réussies, des défis persistants et des opportunités à saisir. Au Bénin, le pays a mis en place un Fonds national pour l’environnement et le climat (FNEC), financé par des éco-taxes et accrédité auprès du Fonds Vert pour le Climat.
Au Burkina Faso, le gouvernement a mis l’accent sur la mobilisation du secteur privé à travers des partenariats public-privé et des instruments financiers hybrides. Au niveau du Cap-Vert, l’on observe la création du Fonds climat et environnement, adossé à des mécanismes innovants tels que la conversion de dettes et l’intégration des investissements privés dans les projets d’énergies renouvelables et d’adaptation.
La 17e Réunion de l’équipe multidisciplinaire (MDT) a regroupé les représentants de la FAO dans les 15 pays d’Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Cabo-Verde, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Léone, Togo, Côte d’Ivoire.
AP/Sf/APA






