Face à l’explosion des accidents de la route, le président Abdelmadjid Tebboune brandit la fermeté, mais sans s’attaquer aux causes structurelles d’un drame devenu chronique.
Présidant dimanche une réunion du Conseil des ministres, Abdelmadjid Tebboune a ordonné une application « impitoyable » du futur code de la route, présenté comme une réponse à la recrudescence des accidents de circulation. Qualifiant le phénomène de « terrorisme routier », le chef de l’État a exigé des sanctions exemplaires et un contrôle accru des conducteurs, des véhicules et des auto-écoles. Selon la présidence, la nouvelle législation comprendra plus de cinquante dispositions inédites sur un total de 193 articles, censées doter le pays d’un arsenal répressif « plus efficace ».
Si le discours présidentiel promet tolérance zéro, il occulte les défaillances profondes du système routier algérien : infrastructures dégradées, entretien quasi inexistant du réseau, corruption dans la délivrance des permis et manque chronique de contrôles techniques fiables. L’Algérie a enregistré en 2024 près de 3 740 morts et 35 500 blessés, selon la Délégation nationale à la sécurité routière (Dnsr) – des chiffres dramatiques, mais symptomatiques d’une gouvernance incapable de prévenir le danger à la source.
Tebboune a ordonné la création d’« agents assermentés agréés par la justice », censés lutter contre les « faux rapports techniques ». Mais la mesure risque surtout d’alourdir la bureaucratie et d’ouvrir la voie à de nouvelles formes d’abus. Quant à la promesse d’équiper les contrôleurs de technologies modernes, elle contraste avec la vétusté des infrastructures, l’absence de signalisation sur des milliers de kilomètres de routes et la lenteur persistante des secours d’urgence.
L’annonce d’un code renforcé intervient dans un contexte de multiplication des textes et des comités interministériels, souvent sans impact concret. Le pays a connu plus d’une dizaine de révisions réglementaires sur la sécurité routière depuis 2001, sans inversion de la tendance. Les experts rappellent que la formation des conducteurs et la maintenance du parc automobile demeurent les véritables angles morts des politiques publiques.
Plutôt qu’une stratégie de prévention, le pouvoir mise sur la sanction et la surveillance. Les nouvelles dispositions incluront des tests médicaux périodiques pour les conducteurs de transport et une limitation légale des distances parcourues. Des mesures pertinentes sur le papier, mais difficilement applicables faute de moyens humains et logistiques.
Derrière cette posture de fermeté se profile une volonté politique de diversion. En mêlant dans un même Conseil des ministres les dossiers de la route, de l’agriculture et de l’énergie, le président cherche à projeter l’image d’un exécutif actif sur tous les fronts. Il a ainsi évoqué la préparation d’un nouveau projet de loi d’orientation agricole et la relance du raccordement électrique Nord–Sud, tout en vantant des partenariats étrangers avec le Qatar et l’Italie.
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