Depuis des années, Nigérians et Ghanéens se livrent une rivalité passionnée autour de la paternité du meilleur Jollof rice, mais ces dernières semaines, une question bien plus sérieuse a ravivé l’animosité au Ghana et la crainte au Nigéria.
Les Ghanéens disent être de plus en plus exaspérés par les comportements supposés déplacés de certains Nigérians vivant dans le pays, réclamant des sanctions sévères à leur encontre, y compris leur expulsion en masse.
Le président John Dramani Mahama a tenté lundi de dissiper les craintes d’expulsion en rassurant un émissaire spécial envoyé par le président Bola Ahmed Tinubu qu’aucune mesure aussi drastique ne serait prise à l’encontre des Nigérians, lesquels font l’objet de vives critiques au Ghana en raison d’activités jugées douteuses.
Une série d’assassinats, d’enlèvements et une prostitution galopante sont attribuées à des ressortissants nigérians installés dans le pays.
Ce sentiment anti-nigérian trouve aussi son origine dans la tentative controversée, il y a plusieurs années, d’un riche homme d’affaires nigérian résidant au Ghana, de se faire introniser roi Igbo sur le sol ghanéen — une initiative jugée irrespectueuse par de nombreux Ghanéens envers les lois de leur pays hôte.
Chukwudi Jude Ihenetu cherche à s’imposer comme roi Igbo au Ghana depuis 2013, mais il a récemment été désavoué par le Conseil des chefs traditionnels du Sud-Est (SECTR) basé au Nigéria.
Dans une lettre datée du 16 juillet 2025 adressée au Haut-commissaire nigérian à Accra, le SECTR a clairement affirmé que « le trône et la royauté des Ndigbo (les Igbo) sont situés sur la terre natale et ne sont pas exportables à l’étranger. »
Entretemps, la polémique a explosé sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, où les échanges enflammés entre Nigérians et Ghanéens se sont multipliés. Nombreux sont les Ghanéens à estimer qu’ils ont été trop tolérants.
Le sentiment anti-nigérian s’est aussi exprimé dans les rues d’Accra, où des manifestations ont eu lieu la semaine dernière, réclamant l’expulsion immédiate de Nigérians accusés d’abuser de l’hospitalité ghanéenne pour se livrer à des crimes tels que l’escroquerie en ligne, le blanchiment d’argent, les enlèvements ou encore la prostitution clandestine.
« Au-delà des plaisanteries sur le Jollof, il s’agit ici de la sécurité et du bien-être de notre pays, et les Nigérians qui s’y opposent doivent partir », a lancé une manifestante, affirmant comprendre pourquoi les Nigérians sont souvent mal perçus à l’étranger.
Des craintes ont été exprimées concernant d’éventuelles attaques contre des commerces nigérians au Ghana, alors que les tensions atteignaient un niveau proche de la violence verbale.
Cependant, lors d’une visite de courtoisie de la ministre nigériane des Affaires étrangères, Bianca Odumegwu-Ojukwu, le président Mahama l’a assurée que le Ghana n’avait nullement l’intention d’expulser massivement des Nigérians, soulignant les liens historiques et l’interdépendance entre les deux pays.
Environ 2 millions de Nigérians se sont installés au Ghana, où beaucoup exercent dans le commerce ou d’autres secteurs, tandis que plus de 500 000 Ghanéens vivent et travaillent au Nigéria.
Mahama a réaffirmé l’engagement de son pays envers les protocoles de la Cédéao, balayant les inquiétudes suscitées par la diffusion d’une vidéo virale visant à attiser les tensions entre les deux nations.
La ministre Odumegwu-Ojukwu a fait part des « inquiétudes » du peuple et du gouvernement nigérians, évoquant cette vidéo, l’appréhension générale d’expulsions massives et la crainte que les boutiques de commerçants nigérians ne soient incendiées.
Ces préoccupations, a-t-elle ajouté, ont entraîné des sessions d’urgence à l’Assemblée nationale nigériane, ainsi que des appels de chefs traditionnels invitant leurs proches résidant au Ghana à rentrer au pays.
Le président Mahama a reconnu l’histoire partagée entre le Ghana et le Nigeria, qualifiant les deux pays de « frères issus des mêmes parents, dont les destins sont liés. »
Il a rappelé les épisodes malheureux d’expulsions massives dans les années 1960 au Ghana et dans les années 1980 au Nigéria : « C’est un passé que nous devons dépasser. Aucun de nos deux pays ne devrait jamais recommencer à expulser en masse. »
« Nous sommes membres de la Cédéao, et les protocoles de la Cédéao autorisent la libre circulation de nos citoyens entre nos deux pays. »
Il a aussi précisé que, bien qu’il y ait eu quelques incidents isolés impliquant certains individus, ces affaires sont traitées par la justice, et non par des mesures collectives ou des expulsions généralisées. Les étrangers qui commettent des crimes au Ghana seront poursuivis individuellement.
Le président Mahama a attribué les tensions récentes à la réapparition d’une vidéo datant de 2013, dans laquelle un « roi Igbo » évoquait l’acquisition de terres pour un royaume, largement mal interprétée comme une initiative récente.
Il a minimisé l’incident, qualifiant l’affaire de « tempête dans un verre d’eau », et rappelé que toute reconnaissance d’une autorité traditionnelle au Ghana relève strictement du droit national, ce qui rend caduc toute tentative extérieure.
Son ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, avait auparavant rassuré les Nigérians quant à leur sécurité au Ghana et affirmé que l’auteur de la vidéo polémique s’était publiquement excusé et avait exprimé des remords après avoir été réprimandé.
« Nous ne devons pas permettre que de tels incidents entachent notre fraternité », a-t-il conclu.
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