Le Zimbabwe fait face à une explosion inquiétante des cas de paludisme en 2025, avec près de quatre fois plus de personnes infectées par rapport à l’an dernier, selon les données récentes du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).
Au 30 juin 2025, le Zimbabwe recensait 111 998 cas suspects de paludisme et 310 décès, contre 29 031 cas et 49 morts à la même période en 2024, a annoncé vendredi l’Africa CDC.
Cette forte hausse est attribuée à plusieurs facteurs : des précipitations prolongées favorisant la reproduction des moustiques, une couverture insuffisante en moustiquaires imprégnées d’insecticide, ainsi qu’une augmentation des activités exposant les populations, telles que l’orpaillage, la pêche et l’exploitation minière artisanale.
« Cette épidémie n’est pas le fruit du hasard », explique Memory Mapfumo, épidémiologiste à l’Africa CDC.
« Les pluies abondantes ont créé des conditions idéales pour les moustiques, et de nombreux moyens de subsistance forcent les populations à être actives durant les périodes de forte transmission», explique-t-il
L’épidémie touche désormais 115 des 1 705 centres de santé du pays, aggravant la pression sur un système de santé déjà affaibli.
La province du Mashonaland Central concentre à elle seule 32 % des cas, tandis que Manicaland enregistre 25 % des décès liés à la maladie.
Mais la situation s’étend au-delà des frontières zimbabwéennes : plusieurs pays d’Afrique australe connaissent une progression similaire. Le Botswana a signalé une multiplication par dix des cas avec 2 223 infections et 11 décès, principalement autour de la région de l’Okavango. La Namibie dénombre 89 959 cas et 146 décès, dont près d’un cinquième seraient importés des pays voisins. En Eswatini, pourtant en phase d’élimination, 187 cas ont été enregistrés, touchant principalement enfants et agriculteurs.
Les spécialistes pointent le rôle croissant du changement climatique, de la circulation transfrontalière du parasite et des inégalités d’accès aux soins dans l’expansion du paludisme en Afrique australe.
« Le réchauffement climatique modifie les régimes de température et de pluie, élargissant les zones à risque, y compris dans des régions autrefois épargnées », alerte Merawi Aragaw, responsable de la surveillance sanitaire à l’Africa CDC.
Il rappelle que la lutte contre le paludisme dépasse le cadre régional : « C’est un enjeu mondial. Nous devons renforcer la coordination internationale pour y faire face. »
Parmi les priorités évoquées : des actions durables de lutte antivectorielle, une meilleure surveillance épidémiologique, le suivi des résistances aux traitements, et une coopération accrue entre pays voisins.
« Sans une réponse rapide et concertée, le paludisme pourrait redevenir l’une des principales causes de mortalité en Afrique », a-t-il mis en garde.
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