Alors que le verdict tant attendu dans le dossier « Complot contre la sûreté de l’État 2 » devait être rendu ce mardi 8 juillet, les autorités judiciaires ont une nouvelle fois annoncé un report sans justification officielle. Ce nouvel ajournement alimente les inquiétudes sur une instrumentalisation du système judiciaire, dans un contexte politique tendu à l’approche des élections municipales de novembre.
Le doute plane quant à l’indépendance de la justice tunisienne après le report du verdict de l’affaire connue sous le nom de « Complot 2 », impliquant 21 personnes – parmi lesquelles des figures de l’opposition, des avocats, des syndicalistes et des journalistes – accusées d’avoir tenté de déstabiliser les institutions de l’État. Les charges retenues, passibles de la réclusion à perpétuité, reposent sur des soupçons de conspiration contre la sécurité nationale.
Du côté de la défense, ce report est perçu comme une « stratégie d’usure », destinée à maintenir une pression constante sur les opposants politiques. « Ce procès n’a plus rien de judiciaire. C’est un outil politique pour faire taire toute voix dissidente », a dénoncé Me Rania Hammami, avocate de deux accusés, lors d’une conférence de presse. Elle a pointé de graves atteintes aux droits de la défense, des écoutes illégales et des conditions de détention jugées inhumaines.
Plusieurs organisations de défense des droits humains – dont la LTDH, Amnesty International et Human Rights Watch – ont exprimé leur vive préoccupation face au manque de transparence du procès, aux obstacles rencontrés par les avocats, ainsi qu’à l’absence de garanties procédurales élémentaires. Dans un communiqué, elles appellent les autorités tunisiennes à respecter les normes internationales en matière de procès équitable.
L’Union européenne, de son côté, a exhorté Tunis à honorer ses engagements démocratiques, en rappelant que « la séparation des pouvoirs est un fondement de l’État de droit ».
Malgré ces critiques, le président Kaïs Saïed maintient une position ferme. Il accuse depuis plusieurs mois des « comploteurs » de chercher à saper la stabilité du pays, et justifie les arrestations par une volonté de « purification de l’État ». Il réaffirme régulièrement que la justice demeure indépendante.
À mesure que le scrutin municipal se rapproche, nombre d’analystes estiment que ce procès pourrait servir à étouffer toute forme d’opposition organisée, en instaurant un climat de peur. Si une frange de la population adhère au discours sécuritaire du chef de l’État, d’autres, notamment dans les milieux étudiants et intellectuels, redoutent une dérive autoritaire.
Le flou qui entoure désormais la tenue du verdict, ainsi que le refus d’accès aux audiences pour une partie de la presse étrangère, ne font que renforcer la méfiance. L’affaire « Complot 2 » s’impose progressivement comme un symbole du recul des libertés publiques et d’un glissement vers une démocratie de façade.
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