Une experte indépendante de l’ONU a exprimé, mercredi, sa vive inquiétude concernant la sécurité des défenseurs des droits humains dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où ces derniers sont de plus en plus confrontés à des représailles en raison de leur travail, a appris APA jeudi.
Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor a déclaré mercredi dans un communiqué qu’il était essentiel d’apporter une aide immédiate à des défenseurs des droits humains menacés en RDC, notamment un soutien pour leur réinstallation temporaire avec leurs familles. « Ils ont besoin d’une aide immédiate, y compris d’un soutien pour une réinstallation temporaire avec leurs familles », a-t-elle souligné.
La situation s’aggrave dans le contexte de la progression continue du groupe armé M23 dans l’est de la RDC. Les défenseurs qui documentent et dénoncent les violations des droits humains commises par ce groupe rebelle se retrouvent directement visés et vivent désormais dans la peur. Depuis fin janvier, les rebelles du M23, soutenus par les forces rwandaises, ont pris le contrôle des principales villes de Goma et Bukavu dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, des zones riches en ressources minières. Les combats ont causé des milliers de morts et forcé des centaines de milliers de personnes à fuir.
« Récemment, un défenseur m’a informé que les rebelles du M23 avaient dressé des listes de défenseurs des droits humains à appréhender dans les zones qu’ils contrôlent », a rapporté Mme Lawlor.
Elle a aussi révélé qu’elle avait reçu des informations crédibles concernant des défenseurs des droits humains détenus au secret, kidnappés et torturés à Rutshuru et Masisi, dans le Nord-Kivu. Par ailleurs, au moins six défenseurs sont portés disparus après avoir tenté de fuir Goma lors de la prise de la ville par le M23 fin janvier.
« Un défenseur m’a demandé comment il pouvait continuer à se cacher alors que le M23 commençait à effectuer un recensement à Goma », a ajouté Mary Lawlor.
A la menace du M23 s’ajoute celle des évadés de prison à Goma et dans le Sud-Kivu voisin. Des milliers de détenus, dont des criminels violents et des chefs de groupes armés condamnés pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, sont désormais libres et errent dans les rues. Certains de ces évadés menacent directement les défenseurs des droits humains, en particulier ceux ayant fourni une assistance aux victimes et témoins des procès.
La Rapporteure spéciale a également souligné que la menace pèse sur les victimes, notamment les femmes, qui se retrouvent sans ressources ni protection.
« Nous savons que les violences sexuelles et sexistes liées aux conflits dans l’est de la RDC sont endémiques et que les femmes qui prennent position contre les violations des droits de l’homme dans de tels contextes, et qui deviennent visibles par leur travail, en font souvent les frais », a précisé Mme Lawlor.
Mary Lawlor a attiré l’attention sur les dangers accrus pour les défenseurs dans les zones rurales reculées de l’est du pays.
« Les défenseurs étaient déjà menacés dans la région – à la fois par le gouvernement et par les groupes armés – mais comme l’a décrit une femme défenseur des droits de l’homme lors d’un entretien avec moi, il n’y a désormais plus de répit, l’insécurité est constante et il n’y a pas de protection », a-t-elle déclaré, appelant la communauté internationale à assumer sa responsabilité collective pour protéger ces défenseurs des droits humains et leur apporter un soutien immédiat et décisif.
ODL/te/Sf/APA






