La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, estime que l’intelligence artificielle (IA) pourrait affecter environ 40 % des emplois dans le monde. Elle appelle les gouvernements à anticiper les transformations du marché du travail et à renforcer la formation des travailleurs afin de limiter les conséquences de cette révolution technologique.
Lors d’une table ronde intitulée « Une IA à petite échelle : plus d’emplois et de meilleure qualité », organisée lundi à Bangkok, en Thaïlande, dans le cadre des Assemblées annuelles 2026 du FMI et de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva a comparé l’IA à un « tsunami à progression lente » pour l’emploi. Selon elle, cette technologie est susceptible d’améliorer les capacités des travailleurs, mais aussi de transformer certains métiers, de dégrader les conditions de travail ou de supprimer des postes.
D’après les estimations du FMI, environ 60 % des emplois dans les économies avancées pourraient être affectés par l’IA, contre 23 % dans les pays à faible revenu. Cette différence s’explique notamment par la diffusion plus lente de ces technologies dans les économies les moins développées, plutôt que par une moindre vulnérabilité à leurs effets.
Des investissements qui soutiennent la croissance
L’intelligence artificielle contribue déjà à stimuler les investissements et la demande dans plusieurs économies, notamment à travers la construction de centres de données et le développement de modèles d’IA. Les États-Unis, la Chine et l’Inde figurent parmi les principaux producteurs de ces technologies, tandis que plusieurs pays asiatiques, dont la Thaïlande, participent au développement des infrastructures nécessaires à leur déploiement.
Selon Kristalina Georgieva, ces investissements contribuent à maintenir la croissance économique mondiale autour de 3 %, malgré les répercussions négatives des chocs d’approvisionnement énergétique.
Elle estime toutefois que les retombées futures de l’IA dépendront largement de sa capacité à être adoptée par un nombre croissant de pays. Pour en tirer pleinement profit, les économies en développement devront notamment disposer d’un approvisionnement fiable en électricité, d’infrastructures numériques adaptées, de compétences techniques suffisantes et de mécanismes publics de protection efficaces.
Les projections du FMI indiquent que l’IA pourrait augmenter la croissance économique de 0,5 à 1 point de pourcentage dans les économies asiatiques avancées. Dans les économies asiatiques émergentes, le gain potentiel se situerait entre 0,2 et 0,8 point de pourcentage.
Kristalina Georgieva a également souligné qu’une progression d’un point de pourcentage de la croissance pourrait plus que compenser les pertes économiques liées au vieillissement rapide de la population dans les économies asiatiques avancées.
Les jeunes particulièrement exposés
Sur le marché du travail, les effets de l’IA sont déjà perceptibles. Une étude du FMI consacrée aux États-Unis montre qu’environ 10 % des emplois exigent désormais des compétences avancées en intelligence artificielle. Ces postes sont généralement mieux rémunérés.
Parallèlement, les métiers reposant sur des tâches routinières et répétitives reculent, tandis que certains emplois moins bien rémunérés se développent, notamment dans la construction de centres de données et les services associés.
Bien que l’étude fasse ressortir un effet net positif sur l’emploi dans les secteurs examinés, la directrice générale du FMI a nuancé ce constat. Elle s’est inquiétée du fait qu’une part importante des nouveaux postes concerne des emplois moins rémunérés.
Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail figurent parmi les catégories les plus vulnérables. Les emplois de début de carrière comportent souvent des tâches répétitives qui permettent aux nouveaux travailleurs d’acquérir de l’expérience, de développer leurs compétences et de progresser professionnellement. Or, l’automatisation de ces activités risque de réduire les possibilités d’accès au premier emploi.
Face à ces évolutions, Kristalina Georgieva a appelé les gouvernements à surveiller de près les transformations du marché du travail, à réformer les systèmes éducatifs pour favoriser l’apprentissage tout au long de la vie et à adapter les politiques fiscales à l’évolution des rapports entre le travail et le capital.
Elle a averti qu’une économie davantage fondée sur le capital et moins sur le travail humain pourrait fragiliser les recettes publiques, réduisant ainsi les moyens dont disposent les États pour accompagner les populations touchées par les mutations technologiques.
La responsable du FMI a néanmoins mis en avant les possibilités offertes par l’intelligence artificielle, notamment sa capacité à prendre en charge des tâches jugées indésirables et à améliorer la productivité. Elle a ainsi appelé à utiliser cette technologie pour permettre aux individus d’améliorer leur niveau de vie et de participer davantage à la vie sociale.
« Faisons faire à l’IA toutes les tâches que nous ne voulons pas accomplir et profitons des choses que nous aimons faire », a-t-elle déclaré, selon des médias locaux.
Singapour plaide pour une adaptation progressive
Le président de Singapour, Tharman Shanmugaratnam, a, pour sa part, estimé que les suppressions d’emplois liées à l’IA devraient intervenir progressivement, tâche après tâche. Cette évolution laisserait aux travailleurs et aux employeurs le temps de s’adapter grâce à la formation en entreprise et au développement de nouvelles compétences.
Il s’est toutefois inquiété du recul de la demande pour les emplois de début de carrière, notamment dans les secteurs technologiques, une tendance susceptible de compliquer l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Il a appelé les gouvernements à travailler avec le secteur privé pour multiplier les débouchés destinés aux jeunes, soulignant que l’accès à un premier emploi demeure essentiel pour acquérir de l’expérience, renforcer ses compétences et gagner en assurance.
Tharman Shanmugaratnam a également plaidé pour une réforme de l’enseignement supérieur afin de réduire la place excessive accordée aux diplômes universitaires au profit de formations plus pratiques, de stages, de périodes d’immersion en entreprise et de partenariats renforcés entre universités et entreprises.
Selon lui, les systèmes éducatifs doivent rester flexibles et associer une expertise spécialisée à des compétences humaines plus générales, dans un contexte où les exigences des futurs métiers demeurent difficiles à prévoir.
GIK/lb/lb/Sf/APA




