Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a lancé une nouvelle coalition politique et militaire qui comprend le groupe rebelle M23 et d’autres opposants au président Félix Tshisekedi.
Baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN), cette nouvelle alliance a été dévoilée lundi à la résidence de Joseph Kabila à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.
Elle rassemble plusieurs groupes politiques et armés opposés à l’administration de Félix Tshisekedi, notamment des factions précédemment réunies au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
L’ancien président de la Commission électorale et chef de l’AFC, Corneille Nangaa, figure centrale du mouvement antigouvernemental, sera l’un des quatre vice-présidents de la coalition.
Lors de l’annonce de sa création, le conseiller de la coalition, Claude Ibalanky, a déclaré que le FRN entendait rétablir ce qu’il a décrit comme les fondements d’un État fonctionnel et unir les forces de l’opposition contre le gouvernement actuel.
« Les signataires ont décidé de mettre en commun leurs forces, leurs ressources et leurs moyens afin de créer un cadre d’action dans lequel tous les Congolais, agissant de concert, entreprendront de libérer leur pays », a déclaré Claude Ibalanky aux journalistes lors du lancement de la coalition.
Il a précisé que celle-ci visait à coordonner la résistance contre ce qu’elle qualifie de « tyrannie », y compris par le recours à la force si nécessaire.
Cette annonce devrait accentuer les tensions politiques et susciter de nouvelles inquiétudes quant à l’avenir des initiatives de paix en cours, destinées à mettre fin aux hostilités dans l’est de la RDC.
La création de cette coalition intervient à un moment délicat pour les efforts de médiation régionaux et internationaux.
Bien que Kinshasa et le M23 aient signé l’an dernier un accord de paix sous l’égide des États-Unis, puis convenu d’une feuille de route pour la poursuite des négociations, les combats et l’insécurité persistent dans certaines parties de l’est du Congo, compromettant les espoirs d’un règlement durable.
L’est de la RDC est en proie à des violences armées depuis des décennies. Plus de 100 groupes armés opèrent dans cette région riche en minerais, frontalière du Rwanda, où ils se disputent le contrôle du territoire, l’influence et l’accès aux ressources naturelles.
Le conflit a provoqué le déplacement de millions de personnes et alimenté l’une des plus graves crises humanitaires au monde.
Le M23 s’est imposé comme le plus puissant de ces groupes à la suite d’une offensive rapide qui lui a permis de s’emparer de Goma et d’autres villes stratégiques de l’est du Congo.
Le gouvernement congolais, les États-Unis et des experts des Nations unies ont accusé à plusieurs reprises le Rwanda de soutenir le mouvement rebelle, des accusations que Kigali a constamment rejetées.
Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, s’est progressivement opposé à l’administration de Félix Tshisekedi depuis son départ du pouvoir.
L’an dernier, une juridiction militaire l’a condamné à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de trahison, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Les procureurs l’ont accusé de collaborer avec le Rwanda et le M23. Joseph Kabila a rejeté ces accusations, dénonçant une procédure à caractère politique.
Plus tôt cette année, les États-Unis ont imposé des sanctions à l’ancien dirigeant, l’accusant d’apporter un soutien financier et politique à des groupes armés opérant dans l’est de la RDC.
Sa décision de s’allier ouvertement au M23 risque d’accentuer les divisions au sein du pays et pourrait compliquer davantage les efforts des dirigeants régionaux et des partenaires internationaux visant à stabiliser l’est de la RDC et à faire progresser un processus de paix durable.
JN/lb/Sf/APA





