La deuxième édition du Salon de l’Intelligence artificielle, de la défense et de l’espace (SIADE) a ouvert ses portes ce lundi 13 avril 2026 à Abidjan. Au cœur des débats : l’urgence pour l’Afrique de s’approprier les outils numériques pour garantir sa sécurité et son indépendance stratégique.
Dans une salle comble à Abidjan, experts et décideurs se sont réunis autour d’une thématique cruciale : « Cyberdéfense et intelligence artificielle : les nouveaux piliers de la souveraineté stratégique africaine ».
Ce panel a permis de dresser un constat sans concession sur la vulnérabilité numérique du continent tout en traçant les pistes d’une émancipation technologique. La cyberdéfense et l’IA ne sont plus des options technologiques, mais les conditions sine qua non de la liberté stratégique du continent africain.
Moussa Traoré, directeur général de SaH Analytics France, a tenu à clarifier les concepts. Si la cybersécurité protège les entreprises, la cyberdéfense, elle, relève de la sécurité nationale et de la protection des infrastructures vitales de l’État.
Pour l’expert, l’heure est grave : la numérisation galopante des administrations africaines se heurte à une dépendance persistante vis-à-vis de technologies étrangères. « Cette situation limite notre capacité à anticiper et à répondre aux attaques », a-t-il prévenu.
L’intelligence artificielle a été présentée comme le grand défi de cette décennie. M. Traoré a souligné son ambivalence : si elle permet d’industrialiser les cyberattaques (phishing, escroqueries), elle est aussi un bouclier exceptionnel capable d’analyser des masses de données pour détecter des comportements suspects.
Il préconise que pour anticiper sur les cybermenaces, l’une des solutions est de miser sur la jeunesse. « L’IA est une opportunité stratégique. Notre jeunesse peut innover et créer des solutions locales si elle bénéficie de l’encadrement et des investissements nécessaires », a-t-il plaidé.
De son côté, Mame Diop Ba, directrice des opérations chez Orange Cloud & Cyber Solutions, a déploré que l’Afrique reste trop souvent en marge des grandes décisions mondiales, dominées par le duel sino-américain.
Elle a toutefois noté des avancées encourageantes, notamment le développement de data centers locaux, à l’image des infrastructures d’Orange Côte d’Ivoire qui favorisent l’hébergement des données sur le continent.
Cependant, le chemin vers une souveraineté totale reste semé d’embûches. « Nos infrastructures reposent encore trop sur des technologies extérieures et le manque de compétences locales ainsi que les défis énergétiques freinent notre élan », a-t-elle souligné.
Les panélistes ont appelé à une « co-construction » entre secteurs public et privé. Pour que l’Afrique passe d’une posture de dépendance à une dynamique souveraine, une vision politique claire et des investissements structurants sont indispensables.
Réunis autour d’un autre panel consacré à la connectivité satellitaire, des experts ont analysé les défis d’accès au numérique et proposé des solutions hybrides mêlant fibre, mobile et satellite pour réduire les inégalités d’accès aux technologies.
L’Afrique avance, mais à deux vitesses. C’est le constat fait par les panélistes. Si les métropoles africaines surfent sur la transformation digitale, les zones rurales, elles, restent les grandes oubliées du progrès.
Les chiffres cités par Ferdinand Tra, directeur Orange Business & Broadband, font froid dans le dos : selon l’UIT, plus de 800 millions d’Africains n’ont toujours pas accès au numérique. « Une situation préoccupante », souligne-t-il.
Cette exclusion prive une part immense de la population de services essentiels comme le mobile money ou l’e-gouvernance. Pourtant, des poches de succès existent. La Côte d’Ivoire fait figure de bon élève avec plus de 32 000 km de fibre optique déployés et 37 millions d’utilisateurs d’Internet mobile.
Pour Ferdinand Tra, la solution miracle n’existe pas : le salut réside dans l’approche hybride. La fibre pour les villes, le mobile et le satellite pour les campagnes. Au-delà du simple accès à Facebook ou WhatsApp, le satellite est un outil de développement multisectoriel. Agriculture de précision, télémédecine, gestion des risques climatiques… les opportunités sont vastes.
Ousmane Diallo, astrophysicien à la NASA, a martelé l’importance de la « souveraineté spatiale ». Pour lui, un État sans capacités propres d’observation reste vulnérable et dépendant d’acteurs extérieurs pour ses données stratégiques.
AP/Sf/APA







