Le président tunisien Kaïs Saïed a tenu un échange inhabituel avec la presse à Monastir, dans un contexte de critiques persistantes sur le manque de dialogue politique.
Une intervention publique peu fréquente du chef de l’État tunisien s’est déroulée le 6 avril à Monastir, à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire du décès d’Habib Bourguiba, selon des médias locaux. Kaïs Saïed a répondu directement aux questions des journalistes, rompant avec une communication généralement limitée à des allocutions officielles depuis 2019, sur fond de tensions politiques internes.
Cette séquence médiatique a permis au président de réaffirmer ses positions, notamment sur la souveraineté nationale et la lutte contre la corruption. Il a défendu ses décisions prises depuis le tournant institutionnel du 25 juillet 2021, les présentant comme nécessaires au «sauvetage de l’État». Les critiques liées aux libertés publiques ont été rejetées, le chef de l’État évoquant des «campagnes de désinformation» sans apporter d’éléments précis sur les dossiers concernés.
L’argumentaire économique avancé s’inscrit dans une ligne constante, privilégiant les ressources internes et dénonçant certaines influences extérieures. Aucune donnée chiffrée actualisée n’a été communiquée sur la situation macroéconomique ou les équilibres budgétaires, alors que les institutions financières internationales soulignent régulièrement les fragilités du pays.
Sur le plan judiciaire, Kaïs Saïed a réaffirmé l’indépendance des institutions, tout en soutenant les poursuites engagées contre des figures politiques et médiatiques. Cette position continue d’alimenter les interrogations d’organisations locales et internationales quant à l’équilibre des pouvoirs et à la réalité des garanties procédurales.
Enfin, les critiques adressées à certains médias publics, accompagnées d’un appel à une réorientation éditoriale, ont renforcé les doutes sur l’ouverture effective du paysage médiatique. Plusieurs observateurs estiment que cet échange ponctuel ne modifie pas structurellement la relation entre le pouvoir exécutif et la presse, marquée par une faible interaction régulière.
MK/AK/Sf/APA







