À quelques semaines du lancement de la campagne agricole 2026-2027, Oran accélère le financement des exploitants et la construction de nouvelles capacités de stockage, deux chantiers qui mettent aussi en évidence les fragilités persistantes de la filière céréalière.
À Oran, les préparatifs de la campagne agricole 2026-2027 entrent dans une phase décisive, mais restent tributaires de contraintes financières et logistiques. La Coopérative des céréales et légumes secs (CCLS) a demandé aux agriculteurs de déposer avant le 30 septembre leurs dossiers pour bénéficier du crédit « Rafiq », alors que les travaux d’un nouveau complexe de stockage d’un million de quintaux se poursuivent à Sidi Belkhir, dans la commune de Sidi Chahmi.
L’appel à anticiper les demandes de financement souligne la dépendance d’une partie des exploitants aux mécanismes publics de soutien pour engager les labours et les semis. Le crédit « Rafiq », dont les intérêts sont pris en charge par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, permet de financer semences, engrais, produits phytosanitaires, aliments du bétail, équipements d’irrigation ou encore certaines dépenses de stockage. Sa durée peut atteindre deux ans, avec un remboursement compris entre six et 24 mois.
Ce dispositif constitue un soutien important à la trésorerie agricole, mais son fonctionnement révèle également une vulnérabilité structurelle : la capacité à produire reste étroitement liée à l’accès au crédit subventionné et à la rapidité de son traitement administratif. Les exploitants ayant connu des difficultés à rembourser un précédent prêt peuvent en outre perdre la prise en charge des intérêts et voir leur accès à un nouveau financement saisonnier compromis. À l’approche des semis, tout retard dans l’instruction des dossiers pourrait donc peser directement sur le calendrier agricole.
La question du stockage constitue l’autre point sensible. À Sidi Belkhir, Cosider Construction réalise une infrastructure d’une capacité annoncée d’un million de quintaux, soit environ 100 000 tonnes. Le chantier, dont le taux d’avancement est proche de 46 %, comprend notamment une deuxième batterie de neuf cellules de stockage, hautes de 40 mètres et d’un diamètre de 12 mètres chacune. Le projet doit renforcer les capacités de réception et de conservation des récoltes et limiter les tensions logistiques après les moissons.
Mais avec moins de la moitié des travaux réalisés à l’approche de la nouvelle campagne, cette capacité supplémentaire reste encore théorique. Le projet illustre le décalage entre les ambitions affichées de sécurisation de la filière céréalière et le temps nécessaire pour disposer effectivement des infrastructures correspondantes.
Les autorités locales, dont le wali d’Oran Brahim Ouchene, multiplient les inspections des chantiers. Pour la campagne 2026-2027, l’enjeu ne résidera toutefois pas seulement dans l’avancement administratif des dossiers ou des infrastructures, mais dans leur capacité à produire des effets concrets : crédits disponibles à temps, intrants accessibles aux exploitants et capacités de stockage opérationnelles au moment des récoltes. À Oran, la préparation progresse, mais une partie des outils censés sécuriser la campagne reste encore à concrétiser.
MK/AK/Sf/APA







