L’Eswatini et les Etats-Unis ont conclu un accord de financement de la santé de 195 millions de dollars, destiné notamment à renforcer la lutte contre le VIH et la préparation aux épidémies, mais le dispositif suscite des inquiétudes sur les conditions d’accès aux données sanitaires et aux échantillons biologiques du royaume.
L’Eswatini a signé avec les Etats-Unis un accord de financement de la santé d’un montant de plus de 3,24 milliards d’emalangeni, soit environ 195 millions de dollars, dans le cadre d’une nouvelle approche américaine de l’aide sanitaire internationale.
Le protocole d’accord a été annoncé mardi à l’issue d’une visite de courtoisie au Premier ministre Russell Dlamini de Clinton Brown, haut responsable du département d’Etat américain, qui a salué la « réussite des négociations » conduites par l’Eswatini sous l’égide du roi Mswati III.
Selon M. Brown, cet accord doit contribuer à « améliorer la santé de l’Eswatini », notamment à travers un soutien accru aux programmes de lutte contre le VIH et au renforcement des capacités de préparation et de réponse aux épidémies.
L’accord intervient dans le cadre de la stratégie « America First » appliquée par Washington à la santé mondiale, qui s’accompagne d’une réorganisation des mécanismes traditionnels de l’aide américaine, notamment après la réduction du rôle de l’USAID et du financement du Plan d’urgence du président pour la lutte contre le sida (PEPFAR).
Dans le cadre de ces nouveaux dispositifs, les Etats-Unis proposent des financements destinés aux systèmes de santé en contrepartie, selon leurs détracteurs, d’un accès accru à des échantillons d’agents pathogènes, à des données de surveillance sanitaire et, dans certains cas, à des ressources considérées comme stratégiques.
Plus de 18 pays africains, dont le Nigéria, le Botswana et la République démocratique du Congo (RDC), auraient conclu des accords similaires, alors que plusieurs gouvernements ont exprimé des réserves sur certaines de leurs dispositions.
Le Zimbabwe a ainsi rejeté une enveloppe de 300 millions de dollars, invoquant des préoccupations liées à sa souveraineté. La Zambie a, pour sa part, retardé la signature d’un accord en raison de clauses associant l’aide à l’exploitation de ressources minières.
Au Kenya, un accord initialement évalué à 2,5 milliards de dollars a fait l’objet d’une suspension par la justice, notamment en raison de préoccupations relatives à la protection des données. L’Afrique du Sud et le Ghana ont également exprimé des réserves sur certains aspects du programme, en particulier concernant la gestion des données relatives aux agents pathogènes.
Les critiques de ces accords les jugent « transactionnels » et « déséquilibrés ». Ils estiment qu’ils pourraient transférer une partie des responsabilités sanitaires américaines vers les pays bénéficiaires tout en réduisant leur marge de contrôle sur des ressources biologiques et des données considérées comme stratégiques.
Les données issues du séquençage des agents pathogènes revêtent en effet une importance particulière pour la biosécurité, la recherche pharmaceutique et le développement de vaccins, ce qui en fait un enjeu à la fois sanitaire, scientifique et stratégique.
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