La reprise des protestations de l’opposition syndicale révèle une crise profonde au sein de l’Union générale tunisienne du travail ( UGTT), dont les divisions internes affaiblissent le rôle historique dans un contexte politique et social déjà sous tension.
L’opposition syndicale en Tunisie a de nouveau haussé le ton contre la direction de l’Union générale tunisienne du travail, mettant en lumière une dégradation préoccupante de la gouvernance interne de la centrale, à quelques semaines d’un congrès électoral décisif. Ces mobilisations traduisent moins un désaccord ponctuel qu’un malaise structurel, nourri par des rivalités internes et une perte progressive de repères stratégiques.
Le coordinateur de l’opposition, Qassem Afia, a appelé à l’ouverture rapide d’un dialogue global au sein de l’organisation, estimant que la crise actuelle ne peut être résolue sans une restructuration en profondeur. La proposition d’une commission mixte, réunissant différentes sensibilités syndicales pour définir les étapes de la reconstruction, souligne l’ampleur des désaccords et l’incapacité actuelle de la direction à fédérer.
Ces tensions sont intervenues peu après le renoncement du secrétaire général Noureddine Taboubi à sa démission, initialement présentée comme un geste d’apaisement. Loin de calmer la situation, ce revirement a mis en évidence la profondeur de la crise de confiance au sommet de l’UGTT, révélant une organisation tiraillée entre la préservation des équilibres internes et la gestion d’un environnement politique de plus en plus contraint.
Pour l’analyste politique Hichem El Hajj, la crise actuelle est sans précédent dans l’histoire du syndicat. Elle résulte de la convergence de fortes pressions internes et d’une confrontation latente avec le pouvoir politique, accentuée par des décisions sensibles comme l’annulation du mécanisme de déduction directe des cotisations sur les salaires des adhérents. Cette mesure a fragilisé financièrement l’UGTT et accru la pression sur sa direction à l’approche d’un congrès extraordinaire.
Selon El Hajj, le maintien de Taboubi à la tête de l’organisation n’aggrave pas mécaniquement la situation, mais ne garantit pas non plus une sortie de crise. Tout dépendra des conditions de préparation du congrès, qui devra dépasser les logiques électorales étroites pour éviter une impasse durable susceptible de paralyser l’action syndicale.
De son côté, l’analyste Mohamed Saleh El Abidi estime que la poursuite des protestations reflète un fossé croissant entre le bureau exécutif et ses opposants, alimenté par l’ambiguïté entourant les orientations du congrès à venir. Cette escalade des dissensions internes risque, selon lui, de saper la capacité de l’UGTT à jouer son rôle historique de médiateur social et d’acteur central de la scène nationale.
MK/Sf/APA





