Une intervention du Président tunisien prononcée le 6 avril 2026 à Monastir, à l’occasion de la commémoration de la disparition d’Habib Bourguiba, a remis au premier plan la question de la ligne éditoriale de la télévision nationale. Selon la présidence, le chef de l’État a demandé une révision en profondeur du message médiatique, estimant qu’il ne correspond plus aux attentes des Tunisiens.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par des interrogations récurrentes sur l’indépendance des médias publics.
Dans le prolongement de cette séquence, Kaïs Saïed a adopté un ton direct pour appeler à un changement du langage médiatique. «Il y a des expressions qui ont expiré», a-t-il déclaré, invitant les journalistes à adapter leur discours à la réalité actuelle. Le rejet explicite de toute «fausse propagande» s’accompagne néanmoins d’une injonction à inscrire la télévision publique dans une mission nationale, ce qui introduit une ligne de crête entre service public et alignement institutionnel.
Cette articulation ambiguë alimente un débat plus large sur la capacité des médias publics tunisiens à maintenir une autonomie éditoriale. La référence à un média «au service du pays et des citoyens» renvoie à une conception où l’intérêt national, défini par le pouvoir exécutif, peut entrer en tension avec les standards classiques d’indépendance journalistique.
L’enjeu dépasse le seul cadre symbolique. Dans un environnement économique et social fragilisé, la crédibilité de l’information devient un facteur central de stabilité. Or, les médias publics restent un vecteur clé d’accès à l’information pour une large partie de la population. Toute redéfinition de leur rôle éditorial a donc des implications directes sur la perception de l’action publique et sur la confiance institutionnelle.
Dans cette perspective, le recadrage présidentiel apparaît à la fois comme une tentative de modernisation du discours médiatique et comme un signal politique adressé aux rédactions. L’équilibre entre indépendance professionnelle et attentes du pouvoir demeure incertain, laissant ouverte la question de la capacité réelle des médias publics tunisiens à évoluer sans compromettre leur crédibilité.
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