Les autorités tunisiennes ont lancé une enquête sur plusieurs dizaines d’associations soupçonnées d’avoir reçu des fonds étrangers, notamment en provenance de la Fondation Open Society du milliardaire américain George Soros.
Une enquête lancée en Tunisie sur des financements par la Fondation Soris à certaines associations intervient dans un contexte politique tendu, marqué par une méfiance croissante du pouvoir envers les ONG et les financements extérieurs.
Les services judiciaires tunisiens ont ouvert une enquête préliminaire pour soupçons de financement étranger non déclaré, visant des organisations opérant dans les domaines des droits humains, de la gouvernance et des libertés publiques. Selon les premiers éléments de l’instruction, ces structures auraient reçu des transferts de fonds depuis des entités basées aux États-Unis et en Europe, dont certaines liées à la Fondation Open Society (OSF).
À ce stade, 47 associations ont été dissoutes et les avoirs de 36 autres gelés, selon des sources judiciaires citées jeudi. L’affaire s’appuie sur la loi tunisienne de 2018 régissant les associations, qui impose la transparence des ressources et interdit tout financement étranger susceptible d’influencer l’ordre public ou le processus politique.
Plusieurs organisations concernées contestent ces accusations, affirmant avoir agi dans le respect strict de la législation et dénoncent une instrumentalisation politique visant à restreindre l’espace civique.
Cette décision intervient alors que le régime du président Kaïs Saïed accentue son contrôle sur la société civile. Depuis 2021, le pouvoir a multiplié les mesures de surveillance et de répression à l’encontre d’ONG et de médias accusés d’être des « relais d’ingérence étrangère ». Le discours officiel met en avant la souveraineté nationale et la lutte contre les influences extérieures, mais cette rhétorique s’accompagne d’un resserrement des libertés publiques.
La méfiance envers les ONG, souvent perçues comme des acteurs politiques sous couvert de développement, s’inscrit dans un tournant autoritaire amorcé depuis la suspension du Parlement en 2021.
Âgé de 94 ans, George Soros, homme d’affaires d’origine hongroise et fondateur de l’Open Society Foundations, a consacré plus de 32 milliards de dollars à des projets liés à la démocratie, à la justice sociale et aux droits humains depuis les années 1980. Mais ses activités philanthropiques sont souvent perçues comme un outil d’influence occidentale.
En Europe de l’Est, en Afrique ou au Moyen-Orient, ses fondations ont été accusées d’ingérence politique par plusieurs gouvernements. En Hongrie, son pays natal, le Premier ministre Viktor Orbán a mené une campagne politique contre le « réseau Soros », tandis qu’aux États-Unis, Donald Trump a récemment évoqué le lancement d’une enquête fédérale contre ses organisations, les accusant d’« activités subversives ».
MK/AK/Sf/APA







