Dans son dernier rapport, le département d’État américain classe une nouvelle fois le Tchad au niveau 3, la catégorie la plus basse. Selon Washington, N’Djaména ne respecte pas les normes minimales en matière de lutte contre la traite des personnes et ne déploie pas d’efforts significatifs pour y remédier.
Au cours de la période couverte par le dernier rapport de Washington, les autorités tchadiennes n’ont signalé aucune enquête sur la traite de personnes, aucune poursuite ni aucune condamnation. Aucune victime n’a été identifiée, contre une seule l’année précédente. Le gouvernement a toutefois actualisé les chiffres relatifs à la période antérieure, faisant état de huit affaires instruites et de quatre trafiquants condamnés.
Le rapport souligne que l’absence de collecte systématique de données entraîne probablement une sous-déclaration des cas. En janvier 2026, le ministère de la Justice a publié une circulaire obligeant les juridictions locales à transmettre ces informations au ministère ainsi qu’à la Commission nationale de lutte contre la traite des personnes (CNLTP).
Une loi sévère, mais peu appliquée
La loi de 2018 punit la traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle ou de travail forcé de quatre à trente ans d’emprisonnement, assortis d’une amende de 250 000 à 5 millions de francs CFA. Selon les rapporteurs, les peines prévues sont suffisamment sévères.
Le problème réside dans l’application de cette loi. Les magistrats, les policiers et les gendarmes connaissent mal le texte et manquent de moyens pour mener des enquêtes. Les capacités limitées du système judiciaire entraînent également de longs retards dans la tenue des audiences en dehors de la capitale. Faute de financement, les formations prévues par la CNLTP à l’intention des forces de l’ordre, des autorités locales et des chefs traditionnels n’ont pas eu lieu.
Complicités et corruption
C’est l’un des points les plus préoccupants du rapport. Aucun agent de l’État n’a été poursuivi ni condamné pour complicité dans des faits de traite des personnes. Des observateurs font notamment état de cas d’exploitation impliquant des responsables locaux ou des officiers supérieurs de l’armée. Ces derniers sont régulièrement accusés d’entraver les enquêtes ou d’intimider les procureurs afin de protéger des trafiquants présumés.
Une prise en charge insuffisante des victimes
Le Tchad ne dispose toujours pas d’un mécanisme national d’orientation des victimes. Les procédures standardisées élaborées précédemment attendent encore une nouvelle approbation par décret présidentiel et ne sont ni diffusées ni appliquées. Les autorités ne recherchent pas systématiquement les signes de traite parmi les migrants et les autres groupes vulnérables.
Le ministère de la Femme, de la Famille et de la Solidarité nationale gère neuf centres de transit, dont quatre à N’Djaména et cinq en province. Ces structures manquent toutefois de ressources et de personnel suffisamment formé. Deux nouveaux centres sont toujours à l’état de projet. Le gouvernement n’a alloué aucun financement aux services destinés aux victimes. L’essentiel de l’aide est ainsi assuré par les ONG et les organisations internationales, notamment dans un centre du sud du pays qui propose des soins médicaux, un soutien psychosocial et une formation professionnelle.
Aucune assistance spécifique n’est prévue pour les victimes appelées à témoigner. Aucune indemnisation n’est ordonnée par les tribunaux, et les victimes étrangères ne disposent d’aucune solution légale leur permettant d’éviter un renvoi vers des pays où elles risquent des représailles.
En l’absence de procédures d’identification, certaines victimes potentielles risquent également d’être sanctionnées pour des actes commis sous la contrainte. Par ailleurs, le retour de 303 ressortissants tchadiens depuis la Libye, organisé par les autorités, pourrait avoir concerné des victimes potentielles de la traite.
Prévention : des avancées limitées
Le rapport relève quelques progrès. En juillet 2025, un décret présidentiel a officiellement créé la CNLTP, et un plan d’action national pour la période 2025-2027 a été adopté. Toutefois, aucune ressource n’a été affectée à sa mise en œuvre.
Les lacunes restent nombreuses. Les recruteurs de main-d’œuvre font l’objet de contrôles insuffisants, tandis que les entreprises opérant dans le secteur minier informel sont rarement inquiétées. Les inspecteurs du travail sont trop peu nombreux et ne peuvent accéder à certaines provinces en raison de l’insécurité.
Le rapport relève également l’absence de mesures visant à réduire la demande de services sexuels commerciaux et le manque de formation du personnel diplomatique. Seules les troupes déployées en Haïti dans le cadre d’une mission de maintien de la paix ont bénéficié d’une formation.
CA/te/Sf/APA





