Le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public, Mamadou Lamine Dianté, a appelé lundi à faire du dialogue social un « réflexe permanent de gouvernance », en le plaçant au cœur de la stratégie de prévention des conflits, de protection des travailleurs et de sécurisation de l’investissement privé au Sénégal.
Le ministre sénégalais de la Fonction publique et du Travail, Mamadou Lamine Dianté, s’exprimé en faveur de la prévention des conflits sociaux, à l’ouverture du Symposium social du Conseil national du patronat du Sénégal (CNP), consacré au thème : « Investissement privé, Gouvernance d’entreprise, Liberté syndicale, Dialogue social & Paix sociale : quelles responsabilités des Employeurs, des Travailleurs et de l’État ? ».
Pour le ministre, ces différentes problématiques sont étroitement liées et doivent être abordées dans une même perspective.
« Le dialogue social constitue désormais un enjeu de gouvernance publique, de performance économique, de cohésion sociale et de développement durable », a-t-il déclaré.
Il a notamment établi un lien entre la qualité du climat social, la confiance des investisseurs, la compétitivité des entreprises et la stabilité de l’économie.
La liberté syndicale, un outil de régulation
Mamadou Lamnine Dianté a réaffirmé l’attachement du gouvernement à la liberté syndicale, qu’il a qualifiée de « droit fondamental » et d’élément essentiel des relations professionnelles.
Il a cependant appelé à considérer cette liberté comme un instrument de régulation plutôt que comme un facteur de confrontation.
Selon lui, les divergences entre employeurs et travailleurs sont inévitables, mais doivent pouvoir être exprimées et traitées dans un cadre légal, à travers la négociation collective et les mécanismes de dialogue social.
« La liberté syndicale permet aux travailleurs de porter collectivement leurs préoccupations ; la négociation collective permet de rechercher des solutions ; le dialogue social permet de construire des compromis », a-t-il expliqué.
Cette approche place le ministère du Travail au centre d’un dispositif dans lequel prévention, conciliation et médiation doivent permettre d’éviter que les différends professionnels ne dégénèrent en crises sociales.
Investissement et protection des travailleurs
Le ministre a également insisté sur la nécessité de sécuriser l’investissement privé, présenté comme indispensable à la création d’emplois, au développement des capacités productives et au renforcement de la souveraineté économique.
Mais cette sécurisation, a-t-il précisé, ne doit pas se faire au détriment des droits sociaux.
« La protection de l’investisseur privé ne doit cependant pas être opposée à la protection du travailleur », a soutenu M. Dianté.
Il estime qu’un environnement économique attractif doit reposer sur la prévisibilité, la sécurité juridique, la stabilité institutionnelle et des mécanismes efficaces de prévention et de règlement des conflits.
Dans cette logique, « la sécurité de l’investissement et la sécurité sociale dans l’entreprise doivent donc être conçues comme complémentaires », a-t-il ajouté.
Le CNP demande au ministre de jouer un rôle d’interface
Meissa Fall, Vice Président du Conseil National du Patronat du Sénégal (CNP), intervenant en l’absence du président Baïdy Agne retenu à l’Assemblée générale des Nations Unies, a insisté sur les difficultés économiques rencontrées par certaines entreprises et sur la nécessité de renforcer la solidarité entre l’État et le secteur privé.
Le patronat a notamment évoqué la pression exercée sur les entreprises par leurs obligations sociales et fiscales, ainsi que les difficultés à préserver certains emplois et à réaliser les investissements prévus.
S’adressant directement au ministre, le représentant du CNP l’a présenté comme « l’Avocat des Employeurs et des Travailleurs auprès du Gouvernement ».
« Monsieur le Ministre, soyez notre Avocat auprès du Gouvernement ! », lui a-t-il lancé, en appelant à trouver les leviers d’un compromis social.
Le patronat a toutefois assuré vouloir poursuivre son engagement aux côtés de l’État et préserver les acquis du dialogue social.
Prévenir plutôt que gérer les conflits
Face aux tensions susceptibles d’affecter les relations professionnelles, M. Dianté a plaidé pour un changement de méthode.
« Nous devons donc passer d’une culture de réaction à une culture de prévention », a-t-il affirmé.
Il a appelé les acteurs à ne pas attendre le déclenchement d’une grève ou l’ouverture d’un contentieux pour engager les discussions.
Dans ce dispositif, l’Administration du Travail doit, selon lui, renforcer ses fonctions de conseil, d’assistance, de conciliation et de médiation, en plus de ses missions de contrôle.
Le ministre veut ainsi éviter qu’un différend professionnel ne se transforme en crise sociale et promouvoir une gestion anticipée des tensions.
Le dialogue social au cœur de la gouvernance d’entreprise
Mamadou Lamine Dianté a également défendu l’idée d’une gouvernance d’entreprise intégrant pleinement la dimension sociale.
Une entreprise « bien gouvernée » doit, selon lui, savoir écouter ses travailleurs, anticiper les tensions, associer leurs représentants et rechercher des solutions négociées.
Le CNP a abondé dans ce sens en soulignant le rôle des directeurs des ressources humaines, considérés comme des « régulateurs sociaux de proximité ».
Le patronat a également appelé à privilégier le règlement interne des différends et les mécanismes de conciliation avant le recours au contentieux judiciaire.
Le PNSS-CID comme instrument de stabilité
Le ministre a par ailleurs rappelé l’importance du Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable (PNSS-CID), qui doit, selon lui, accompagner la transformation économique et sociale du pays.
« La stabilité sociale ne peut pas être décrétée ; elle doit être construite collectivement », a-t-il déclaré.
Le CNP considère également ce pacte comme un cadre destiné à renforcer la confiance entre les partenaires sociaux, soutenir l’investissement privé et favoriser la création d’emplois décents.
Une réforme du droit social annoncée
M. Dianté a enfin plaidé pour la modernisation des mécanismes de régulation sociale face aux mutations économiques, technologiques et organisationnelles.
Il a cité, parmi les priorités, le renforcement des cadres de concertation, de la négociation collective et des mécanismes alternatifs de règlement des différends, ainsi que le développement des capacités des acteurs du dialogue social.
Cette orientation s’inscrit, selon lui, dans la réforme du droit social engagée avec les partenaires sociaux.
Le CNP a, pour sa part, demandé l’actualisation des sections professionnelles du Tribunal du Travail et proposé une concertation associant les acteurs du tripartisme, le ministère de la Justice et les juridictions du travail.
Pour Mamadou Lamnine Dianté, l’objectif final reste de construire un environnement permettant « d’investir, d’entreprendre, de travailler, de s’organiser et de négocier dans le respect du droit et des responsabilités de chacun ».
Le ministre entend ainsi faire de la prévention des conflits, de la négociation collective et de la paix sociale des composantes à part entière de la gouvernance économique du Sénégal.
TE/Sf/APA





