À Kinshasa, un message fort s’est dégagé du sommet mondial des jeunes consacré aux agendas Femmes, Jeunesse, Paix et Sécurité : les jeunes et les femmes ne veulent plus être perçus uniquement comme des victimes des conflits.
Les jeunes et les femmes de la RDC revendiquent désormais leur place parmi ceux qui conçoivent, décident et mettent en œuvre les politiques de paix, de sécurité et de développement, selon le message délivré à l’issue du sommet mondial tenu à Kinshasa.
Organisée les 3 et 4 septembre par la Synergie mondiale des jeunes pour la consolidation de la paix et la sécurité (SMJCPS), la rencontre a réuni une soixantaine de participants, dont vingt femmes et quarante hommes. Des représentants de la Côte d’Ivoire, du Tchad, de la République centrafricaine et du Congo-Brazzaville ont notamment pris part aux discussions, aux côtés d’acteurs congolais engagés dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix.
Créée en 2023 et désormais représentée dans une quarantaine de pays, la SMJCPS ambitionne de fédérer les initiatives de la jeunesse et de renforcer sa participation dans les instances de décision. À travers ce sommet, l’organisation entend surtout faire évoluer le rôle traditionnellement attribué aux jeunes dans les processus de paix : de bénéficiaires ou de victimes, ils doivent devenir des acteurs à part entière.
Cette ambition s’inscrit dans l’esprit des Résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui reconnaissent l’importance de la participation des femmes et des jeunes dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que dans la construction d’une paix durable.
Invité à intervenir lors du sommet, le professeur Alphonse Ntumba Luaba, coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, a appelé les jeunes à ne pas se satisfaire d’une participation symbolique aux rencontres et aux institutions. Selon lui, leur engagement doit être accompagné d’ambition, d’idées et d’une capacité à influencer les politiques publiques.
« Donnez-nous une Afrique nouvelle », a-t-il lancé aux participants, estimant que les nombreux défis auxquels le continent est confronté exigent une jeunesse capable de prendre des initiatives et de porter des solutions nouvelles.
En République démocratique du Congo, cette mobilisation prend une dimension particulière. Dans l’Est du pays, les violences armées continuent de provoquer des déplacements massifs de populations et d’exposer les civils à de graves violations. Martina Ndi Berinyuy, de la Section genre de la MONUSCO, a rappelé que l’immense potentiel de la jeunesse congolaise reste fortement marqué par les conséquences de décennies de conflits et d’instabilité.
Selon les données citées lors du sommet, environ 18,5 millions de personnes auront besoin d’une assistance humanitaire en RDC en 2026. Parmi elles figurent des personnes déplacées internes, des réfugiés et des communautés d’accueil. Les enfants continuent d’être exposés aux violences, tandis que les femmes demeurent particulièrement vulnérables aux violences multiformes, notamment aux violences sexuelles liées aux conflits.
Les jeunes sont eux aussi directement touchés. Certains sont recrutés ou instrumentalisés par des groupes armés, alors qu’ils devraient être à l’école, à l’université, dans les entreprises, les administrations ou dans les espaces où se prennent les décisions qui déterminent leur avenir.
Pour les participants au sommet, cette situation montre précisément pourquoi la jeunesse doit être davantage impliquée dans les politiques de paix et de sécurité. Il ne suffit plus de parler des jeunes : il faut leur permettre de participer concrètement à la recherche et à la mise en œuvre des solutions.
L’expérience de Sarah Ntambwe en témoigne. Responsable de l’organisation Change your World, créée en 2018 à Goma pour contribuer à la prévention des conflits, elle a accompagné pendant plusieurs années des jeunes sortis des forces et groupes armés dans le Nord-Kivu.
Son expérience l’a conduite à constater le rôle déterminant des femmes dans le processus de réintégration de ces jeunes au sein de leurs communautés. Une réalité qui, selon elle, plaide pour une mobilisation conjointe des femmes et des jeunes dans les initiatives de paix et de cohésion sociale.
Le sommet de Kinshasa avait précisément pour ambition de renforcer cette dynamique autour d’un objectif : « Pour une paix durable dans le monde : positionner les jeunes et les femmes comme acteurs institutionnels des politiques de sécurité, de gouvernance et de développement ».
Pour Martina Ndi Berinyuy, une paix véritablement durable ne peut être construite sans les femmes, les jeunes et les communautés directement affectées par les conflits. Leur participation doit donc dépasser le cadre des consultations ponctuelles pour s’inscrire dans les mécanismes institutionnels de décision.
Cette volonté de passer de la parole à l’action a également été défendue par Chris Muakuya, président de la Synergie mondiale des jeunes pour la consolidation de la paix et la sécurité. Pour lui, le temps est venu de positionner les jeunes et les femmes comme de véritables acteurs des politiques de paix, de gouvernance et de développement.
« Nous ne devons pas nous contenter de participer à des forums. Nous devons aller plus loin. Quitter la position de victimes pour celle d’acteurs de paix et de développement », a-t-il déclaré.
À travers les différents panels et échanges organisés durant les deux jours, une même préoccupation est ainsi revenue : comment transformer la forte mobilisation de la jeunesse en une véritable influence sur les décisions publiques ?
La question est d’autant plus importante que les jeunes constituent une force démographique majeure en Afrique. Leur donner une place dans les processus de paix ne relève donc pas seulement d’un impératif de justice ou de représentation. C’est aussi une condition pour construire des sociétés plus résilientes, plus inclusives et mieux préparées à prévenir les crises futures.
À Kinshasa, le message porté par les participants est finalement sans ambiguïté : les jeunes ne veulent plus être réduits au rôle de victimes ou de bénéficiaires des politiques publiques. Ils veulent contribuer à leur conception, participer aux décisions et assumer des responsabilités.
La paix, ont-ils rappelé, ne peut être durable si ceux qui en subissent les conséquences sont absents de la table où elle se construit. En RDC comme dans le reste de l’Afrique, l’enjeu est désormais de transformer cette volonté en actes et d’ouvrir réellement les portes des institutions à une nouvelle génération prête à prendre sa part dans la construction de l’avenir.
TE/Sf/APA





