Réuni le 16 janvier 2026, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret relatif à la réglementation des drones civils et de leurs accessoires en République du Mali.
Face à la montée en puissance des drones civils et aux risques liés à leur détournement, les autorités maliennes ont décidé de renforcer leur encadrement juridique. Un projet de décret adopté en Conseil des ministres vise à répondre aux enjeux sécuritaires, techniques et éthiques posés par l’usage de plus en plus répandu de ces outils, dans un contexte régional marqué par une mutation rapide des modes opératoires des groupes armés.
Le texte, présenté sur le rapport du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, marque une étape importante dans la volonté des autorités d’encadrer un secteur en pleine expansion et de prévenir les risques liés à l’utilisation non contrôlée de ces appareils. Cette initiative intervient alors que les drones sont devenus, au Sahel, non seulement des outils civils polyvalents, mais aussi des vecteurs de menaces sécuritaires inédites.
Les drones civils sont définis comme des aéronefs sans équipage à bord, utilisés à des fins non régaliennes et destinés à des usages professionnels, commerciaux, récréatifs ou scientifiques. Jusqu’ici, leur utilisation reposait sur un cadre juridique partiel, souvent imprécis, alors même que leur présence dans l’espace public s’est fortement accrue ces dernières années, sous l’effet de la démocratisation rapide de la technologie.
De plus en plus performants, accessibles à bas coût et faciles à manier, ces drones se sont imposés dans de nombreux domaines : photogrammétrie, cartographie, agriculture de précision, surveillance de sites, production audiovisuelle, livraison expérimentale ou loisirs. Mais cette diffusion massive a également facilité leur détournement à des fins hostiles, comme l’ont montré plusieurs rapports récents sur l’évolution de la menace djihadiste au Sahel.
Un rapport publié en juillet 2025 par le Policy Center for the New South (PCNS) souligne ainsi que le groupe djihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a considérablement accru son recours aux drones armés depuis 2023. Co-écrit par les chercheurs Rida Lyammouri et Niccola Milnes, le document recense plus de 30 attaques confirmées, dont 82 % depuis mars 2025, visant principalement des positions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Togo, avec des signes d’extension au Niger et au Bénin.
Les autorités maliennes relèvent, dans ce contexte, des risques majeurs en matière de sécurité aérienne, de protection de la vie privée et de sécurité publique. Le survol non autorisé de zones sensibles, les atteintes potentielles aux infrastructures stratégiques et le non-respect des espaces aériens réglementés constituent autant de défis auxquels l’État devait apporter une réponse claire et structurée.
Au-delà de ces aspects, le rapport présenté au Conseil des ministres met en avant une inquiétude plus profonde liée à l’adaptation constante des groupes armés. Le PCNS documente l’usage par le JNIM de drones commerciaux de type DJI ou FPV, modifiés pour transporter des charges explosives et parfois couplés à des algorithmes d’intelligence artificielle hors ligne afin d’optimiser les trajectoires et de contourner les systèmes de brouillage. Certaines attaques, comme celle de Boulkessi en juin 2025 au Mali, ayant coûté la vie à plusieurs dizaines de soldats, illustrent la létalité croissante de ces dispositifs.
C’est dans ce contexte sécuritaire dégradé que le projet de décret adopté par le Mali entend instaurer un cadre réglementaire plus strict. Le texte vise à encadrer l’acquisition, la détention, l’utilisation et les conditions d’exploitation des drones civils sur l’ensemble du territoire national, tout en clarifiant les responsabilités des opérateurs et en renforçant la capacité de l’État à prévenir les usages abusifs ou dangereux.
Selon le ministère de la Sécurité et de la Protection civile, cette réglementation permettra d’apporter une réponse adaptée aux enjeux techniques de gestion de l’espace aérien, aux impératifs sécuritaires dans un environnement marqué par la guerre asymétrique, et aux considérations éthiques posées par l’usage croissant de technologies de surveillance.
L’adoption de ce texte traduit ainsi une volonté d’anticipation. Il ne s’agit pas d’interdire l’innovation ni de freiner les usages professionnels ou scientifiques, mais de les inscrire dans un cadre légal clair, garantissant à la fois la sécurité collective et le respect des libertés individuelles, tout en limitant les possibilités de détournement par des acteurs armés.
À travers cette nouvelle réglementation, le Mali rejoint une dynamique observée dans de nombreux pays confrontés aux mêmes défis. La maîtrise des drones civils apparaît désormais comme un enjeu transversal, à la croisée du développement technologique, de la sécurité nationale et de la protection des citoyens, alors que le Sahel franchit un nouveau seuil technologique dans la guerre asymétrique.
L’entrée en vigueur du décret devrait enfin ouvrir la voie à des textes d’application précisant les modalités pratiques, notamment les autorisations, les zones de vol, les obligations des opérateurs et les sanctions en cas de non-respect. Pour les autorités maliennes, l’objectif est de permettre un usage responsable des drones tout en réduisant les risques qu’ils représentent dans un contexte sécuritaire particulièrement sensible, où les États de la région, engagés dans des réponses militaires conjointes, cherchent à reprendre l’ascendant face à des groupes armés de plus en plus technologiquement sophistiqués.
MD/Sf/ac/APA







