Le chef du gouvernement libyen promet une reprise en main du marché face à la flambée des prix, sans dissiper les doutes sur l’efficacité réelle de l’appareil de contrôle.
Le Premier ministre du gouvernement d’unité nationale ( GUN) libyen, Abdulhamid Dbeibah, a ordonné le renforcement de mesures strictes contre les commerçants accusés d’accaparement et de manipulation des prix, affirmant que l’État ne tolérerait aucune pratique portant atteinte au pouvoir d’achat des citoyens ou à la stabilité du marché. Cette déclaration a été faite jeudi, à l’issue d’une réunion élargie consacrée à l’évolution des prix et à la situation économique générale.
Présentée comme une priorité gouvernementale, la lutte contre la hausse des prix s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés libyens, marqués par des déséquilibres d’approvisionnement, une dépendance structurelle aux importations et une fragilité chronique des circuits de distribution.
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de protéger les consommateurs, tout en rappelant que la régulation des prix relevait d’un impératif politique autant que social.
Dans les faits, M. Dbeibah a instruit les autorités compétentes d’intensifier les inspections sur les marchés et de renforcer la coordination entre le ministère de l’Économie, la Garde municipale et les autres organismes de contrôle. L’objectif affiché est d’assurer un suivi des marchandises depuis les points d’entrée du territoire jusqu’aux étals de détail, afin de vérifier le respect des prix officiellement approuvés. Une approche qui traduit la volonté de reprendre la main sur une chaîne commerciale largement informelle et souvent échappant au contrôle effectif de l’État.
La réunion a rassemblé plusieurs hauts responsables économiques, dont le ministre de l’Économie, et des conseillers proches du chef du gouvernement. Les discussions ont notamment porté sur le rôle des lettres de crédit destinées à l’importation de biens de première nécessité, présentées comme un levier central pour garantir la disponibilité des produits et limiter la volatilité des prix. Toutefois, ce mécanisme, régulièrement critiqué pour son opacité et ses risques de détournement, demeure au cœur de nombreuses controverses.
Au-delà des annonces, le discours du Premier ministre soulève des interrogations récurrentes. Les précédentes campagnes de contrôle ont rarement produit des effets durables, en l’absence d’un appareil administratif pleinement opérationnel et d’un cadre institutionnel stabilisé. Dans une économie fragmentée, où l’autorité de l’État reste inégale selon les régions, la capacité réelle du gouvernement à imposer ces mesures demeure incertaine.
Ainsi, si la fermeté affichée vise à rassurer une opinion publique confrontée à l’érosion du pouvoir d’achat, elle s’apparente aussi à un exercice de communication politique. Sans réformes structurelles touchant aux importations, à la gouvernance économique et à la lutte contre les rentes, la répression ponctuelle des abus commerciaux risque de rester un signal fort dans les mots, mais limité dans ses effets concrets sur le marché libyen.
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