Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appelé, mardi à Dakar, à préserver le contrôle humain face au développement de l’intelligence artificielle dans les conflits armés. Au cœur des débats : les systèmes d’armes autonomes, capables de sélectionner et d’attaquer des cibles avec une intervention humaine limitée.
L’intelligence artificielle transforme progressivement tous les secteurs de la société, y compris le domaine militaire. Ses capacités peuvent permettre d’améliorer l’identification des objectifs, d’analyser les risques pour les civils ou encore d’évaluer les dommages causés par les opérations.
Mais cette technologie présente également de nouveaux dangers lorsqu’elle est intégrée aux systèmes d’armement et à la prise de décision militaire.
C’est tout l’enjeu de l’édition 2026 de l’Humanitarium, organisée mardi 15 septembre à Dakar par le CICR, en partenariat avec l’Ambassade de Suisse et le ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur (MIAAESE). La conférence débat avait pour thème : « L’intelligence artificielle sur le champ de bataille : comment s’assurer que le droit international humanitaire protège des dangers émergents de l’ère numérique ? »
La machine peut-elle décider qui doit mourir ?
Dans son discours, le chef de la Délégation régionale du CICR à Dakar, Jean-Nicolas Marti, a insisté sur les risques liés à l’accélération des décisions militaires par l’intelligence artificielle.
Selon lui, l’IA peut contribuer à protéger les populations, mais elle peut également accroître la puissance létale des armes et réduire le temps consacré à l’analyse humaine.
L’inquiétude est particulièrement forte concernant les systèmes d’armes autonomes. « La ligne rouge juridique que constitue le ciblage autonome d’êtres humains par des machines dans les situations de conflits armés est en passe d’être franchie ! », a-t-il alerté.
Une question résume le dilemme : une machine peut-elle reconnaître qu’une personne se rend, qu’elle est hors de combat ou qu’elle ne participe pas aux hostilités ?
Pour le CICR, le développement technologique ne doit pas conduire à déléguer à une machine des décisions qui engagent directement la vie humaine.
Le Sénégal plaide pour un contrôle humain
Représentant le ministre de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, Ibrahima Cissé a réaffirmé la nécessité de soumettre l’innovation technologique au respect du droit international humanitaire.
Le Sénégal défend ainsi un contrôle et un jugement humains significatifs et constants pour les fonctions critiques de sélection et d’attaque des cibles.
« La responsabilité des États et des individus ne saurait être transférée à une machine », a-t-il déclaré.
Pour Dakar, les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution doivent continuer à s’appliquer, quelle que soit la technologie utilisée sur le champ de bataille.
Le Sénégal soutient également l’adoption de règles juridiquement contraignantes concernant les systèmes d’armes autonomes aux effets imprévisibles et ceux capables de cibler directement des êtres humains sans distinction.
L’Afrique appelée à prendre position
La rencontre de Dakar a également mis en lumière la nécessité pour l’Afrique de participer pleinement à l’élaboration des futures règles internationales sur l’intelligence artificielle militaire.
Ibrahima Cissé a notamment évoqué le Communiqué de Freetown de 2024 et la Stratégie continentale sur l’intelligence artificielle de l’Union africaine, tout en appelant à renforcer la recherche, la formation et l’expertise africaines.
Pour les participants, l’enjeu est désormais d’anticiper les transformations de la guerre plutôt que de les subir.
Le message porté par le CICR est clair : l’intelligence artificielle peut transformer les moyens de faire la guerre, mais elle ne doit pas faire disparaître l’humain de la décision. La protection de la vie et de la dignité humaines doit rester la limite ultime du progrès technologique.
TE/Sf/APA





