Le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Amar Takdjout, a publiquement salué les orientations du projet de loi de finances 2026, reprenant à son compte la rhétorique gouvernementale sur la “protection du pouvoir d’achat” et l’“équilibre budgétaire”.
En affichant un soutien sans réserve à la politique socio-économique du président Abdelmadjid Tebboune, la centrale syndicale confirme son rôle de relais institutionnel plutôt que d’acteur indépendant du dialogue social. Pour Amar Takdjout, le texte budgétaire 2026 serait “équilibré, sans nouvelles taxes” et “favorable à la justice sociale”. Ces déclarations laudatives, prononcées en marge d’une conférence internationale à Alger sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le monde du travail, contrastent avec la réalité du terrain : flambée des prix alimentaires, stagnation des salaires réels et érosion continue du dinar.
Sous couvert de “continuité des réformes”, le projet de loi de finances maintient en réalité une politique budgétaire centrée sur les subventions sélectives et la redistribution clientéliste. L’absence de nouvelles taxes, présentée comme une avancée sociale, traduit surtout la crainte du pouvoir d’attiser le mécontentement populaire à l’approche d’échéances politiques sensibles. Le discours officiel sur la “diversification économique” et la “transition hors hydrocarbures” reste, pour l’heure, largement déclaratif : les recettes pétrolières représentent toujours plus de 90 % des exportations, et les investissements productifs hors énergie stagnent.
Takdjout a salué les “décisions courageuses” du président Tebboune relatives à la hausse des salaires, à l’allocation chômage et aux bourses étudiantes prévues pour 2026. Mais ces mesures demeurent symboliques au regard de l’inflation cumulée, estimée par des économistes indépendants à plus de 11 % en 2025, tandis que la productivité industrielle et la création d’emplois qualifiés continuent de reculer. L’UGTA, loin de revendiquer une réforme structurelle du système salarial ou de la protection sociale, se borne à accompagner la communication officielle, au détriment de son rôle historique de contre-pouvoir syndical.
Le syndicat se félicite également de la “hausse des réserves de change” et de la “baisse de l’inflation”, des indicateurs souvent manipulés par le gouvernement pour accréditer l’idée d’un redressement économique. Dans les faits, la reprise repose essentiellement sur les cours élevés du pétrole et du gaz, tandis que les importations alimentaires explosent et que le secteur privé reste asphyxié par la bureaucratie et la corruption.
En liant le “renforcement du front intérieur” à la fidélité syndicale envers le président Tebboune, l’UGTA confirme sa transformation en appareil de légitimation du pouvoir exécutif. L’organisation, jadis fer de lance du mouvement ouvrier algérien, se contente désormais d’endosser le rôle de courroie de transmission entre le palais d’El Mouradia et les travailleurs, dans un contexte de crispation sociale et de fermeture du champ syndical indépendant.
MK/Sf/APA






