Les spéculations autour d’un départ du gouvernement de Sifi Ghrieb relancent une question autrement plus embarrassante pour le pouvoir algérien : à quoi bon changer les ministres lorsque le mode de gouvernance reste inchangé ?
À la faveur de la nouvelle législature, le président Abdelmadjid Tebboune pourrait être tenté de recourir à une vieille mécanique du système algérien : remplacer les hommes lorsque la machine se grippe. Plusieurs informations, non confirmées officiellement, évoquent l’arrivée possible à la tête du gouvernement de l’actuel ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, ancien wali devenu l’une des figures les plus visibles de l’exécutif.
Dans les scénarios qui circulent à Alger, Mohamed Arkab conserverait les Hydrocarbures et Ahmed Attaf les Affaires étrangères, tandis que l’Intérieur, la Justice, les Finances et l’Enseignement supérieur pourraient changer de titulaires. Le nom de Salima Mesrati, ancienne présidente de la Haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption, est notamment avancé pour la Justice.
Aucun bilan public détaillé de son passage à la tête de cette institution sensible n’est toutefois disponible.
Mais changer Sifi Ghrieb par Saïd Sayoud ne réglerait pas nécessairement le problème de fond. En Algérie, la marge politique du Premier ministre reste étroite face à une présidence qui impulse, annonce, recadre et intervient jusque dans des dossiers sectoriels. Le chef du gouvernement finit ainsi par porter la responsabilité d’une politique dont les principaux arbitrages lui échappent largement.
Le constat devient d’autant plus brutal que les mêmes promesses sont répétées depuis des années : diversification, industrialisation, souveraineté économique, substitution aux importations et relance de l’investissement. Les ministres passent, les slogans restent. Entre annonces présidentielles, interdictions administratives, nouveaux programmes et instructions correctives, l’économie donne parfois davantage l’image d’un pilotage à coups d’injonctions que celle d’une stratégie assortie d’un calendrier et d’une véritable obligation de résultat.
« Avec Tebboune, c’est une gestion comme on en pratique au niveau des wilayas », tranche un journaliste algérien familier des cercles du pouvoir, qui décrit une présidence davantage « dans la réaction » que dans l’anticipation. Derrière la brutalité du jugement apparaît une faiblesse persistante : centralisation excessive, responsabilités diluées et faible visibilité sur l’exécution.
Le maintien éventuel d’Arkab aux Hydrocarbures illustrerait également une autre contradiction. Alors que le discours officiel promet inlassablement une économie affranchie de sa dépendance énergétique, les hydrocarbures demeurent le pilier autour duquel s’articulent les grands équilibres du pays.
Un remaniement permettrait donc à Tebboune de fabriquer une nouvelle séquence politique et de désigner de nouveaux exécutants. Mais après plusieurs changements d’équipes, l’argument du mauvais ministre devient difficile à vendre.
MK/AK/Sf/APA







