À l’heure où l’exploitation du pétrole, du gaz et des ressources minières prend une nouvelle dimension au Sénégal, la maîtrise de l’information apparaît comme un enjeu majeur.
La Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS), avec le soutien de l’Association des Blogueurs pour une Citoyenneté Active (ABCA), organise les 7 et 8 août 2026 à Dakar une session de renforcement des capacités consacrée à la compréhension des industries extractives, réunissant une trentaine de journalistes.
L’initiative vise à doter les jeunes reporters des connaissances nécessaires pour mieux décrypter un secteur complexe, vérifier les informations qui y circulent et contribuer à éclairer le débat public sur la gestion des ressources naturelles.
Selon Fatou Sidibé, journaliste et membre du comité directeur de la CJRS, cette formation s’inscrit dans la mission de formation initiale et continue de l’organisation. Elle répond à la nécessité, pour les journalistes, de maîtriser les principaux textes et mécanismes qui encadrent les secteurs minier, pétrolier et gazier.
« Il va falloir d’abord qu’on soit formés, qu’on ait un minimum de connaissances », a-t-elle expliqué, estimant que les professionnels des médias doivent disposer des outils nécessaires pour transmettre une information fiable à la population et produire des contenus susceptibles d’intéresser un public au-delà du Sénégal.
Pour la CJRS, cet impératif est d’autant plus important que le secteur extractif demeure marqué par sa complexité et une circulation importante d’informations parfois inexactes. Le journaliste est ainsi appelé à jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre la désinformation et dans la vulgarisation des enjeux liés aux ressources naturelles.
Cette préoccupation est également partagée par Thaddée Adiouma Seck, secrétaire permanent et coordonnateur national du Comité national de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (CN-ITIE Sénégal), qui considère la formation comme une initiative « qui vient à son heure ».
Le Sénégal se trouve, selon lui, à un tournant décisif dans l’exploitation de ses ressources naturelles. Dans ce contexte, la désinformation peut alimenter les incompréhensions, les rumeurs et les conflits, mais aussi perturber les projets et affecter le climat social et politique.
Le responsable du CN-ITIE Sénégal a ainsi plaidé pour la répétition régulière de ces sessions de renforcement des capacités, afin de permettre aux journalistes de mieux s’imprégner de problématiques souvent techniques et difficiles à traiter dans le rythme quotidien des rédactions.
Il a également insisté sur l’importance de l’accès aux données, appelant l’ITIE à davantage se faire connaître et à faciliter la mise à disposition des informations produites dans le cadre de ses activités.
Le Sénégal dispose déjà d’une expérience significative en matière de transparence extractive. Lors de sa dernière évaluation dans le cadre de l’ITIE, le pays a obtenu 89 points sur 100, devenant, selon Thaddée Adiouma Seck, le premier des 55 pays de mise en œuvre à atteindre cette note.
Cette performance ne signifie toutefois pas que tous les défis sont réglés. Le pays doit encore mettre en œuvre plusieurs mesures correctives, notamment en matière d’effectivité du cadre juridique, de redistribution des fonds miniers et de divulgation des bénéficiaires effectifs des entreprises extractives. La transparence environnementale et la transition énergétique figurent également parmi les défis identifiés.
Au total, 11 mesures correctives doivent être prises en compte à l’horizon 2030.
Pour la CJRS, la formation constitue également une étape vers une plus grande spécialisation des journalistes. Fatou Sidibé estime qu’un reporter ne doit pas seulement être capable de traiter toutes les thématiques, mais doit aussi pouvoir développer une expertise dans des domaines spécifiques afin de produire des contenus plus approfondis.
Le secteur extractif exige notamment une compréhension du cadre juridique, des mécanismes financiers et des coûts de production, mais également des enjeux sociaux et environnementaux qui touchent directement les communautés.
À travers cette session, la CJRS et l’ABCA ambitionnent ainsi de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de journalistes capables non seulement de rendre compte du développement du secteur extractif, mais aussi d’en analyser les mécanismes, d’en suivre les impacts et de contribuer au débat sur la transparence et la gouvernance des ressources naturelles.
Les participants seront appelés à prolonger la formation par des productions journalistiques consacrées à cette thématique dans leurs différents supports.
TE/Sf/APA







