Présenté par le gouvernement algérien comme un instrument de protection du pouvoir d’achat et de diversification économique, l’avant-projet de loi de finances 2027 reconduit surtout les principaux axes de la politique économique algérienne, sans encore lever les interrogations sur leur efficacité durable.
L’avant-projet de loi de finances (PLF) 2027 a été examiné mardi lors d’une réunion du gouvernement algérien, présidée par le Premier ministre Sifi Ghrieb. Selon les éléments présentés par l’Exécutif, le texte doit poursuivre les orientations fixées par le président Abdelmadjid Tebboune autour de quatre priorités : la croissance, la diversification de l’économie, le soutien à l’investissement productif et la préservation du pouvoir d’achat. Un cadrage qui intervient alors que la lutte contre l’inflation et la cherté de la vie demeure au centre du discours économique officiel.
Le gouvernement met notamment en avant la consolidation des mécanismes de soutien et la poursuite des programmes publics dans l’éducation, la santé, l’habitat et les infrastructures. Il affirme également vouloir contenir la hausse des prix en agissant sur les coûts de production et de logistique. L’absence de nouvelles taxes supplémentaires est présentée comme un choix destiné à ne pas alourdir davantage la pression sur les ménages et les opérateurs économiques.
Cette présentation laisse toutefois en suspens une question centrale : jusqu’où la politique de soutien public peut-elle répondre durablement aux tensions sur le niveau de vie sans s’attaquer plus profondément aux facteurs structurels de l’inflation et de la dépendance aux dépenses publiques.
Le gouvernement affirme vouloir accélérer la diversification et réduire la dépendance aux hydrocarbures, mais le PLF reste présenté avant tout autour de la poursuite de mécanismes déjà engagés, plutôt que d’une rupture clairement documentée avec le modèle économique existant.
Sur le front de l’investissement, l’Exécutif mise sur le guichet unique, la modernisation de l’administration, la simplification des procédures et la transformation numérique. L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) est également présentée comme un levier majeur de cette stratégie.
Le gouvernement affirme que les porteurs de projets sont nombreux à solliciter ses dispositifs, mais cette communication ne fournit pas, dans les éléments présentés, de données permettant de mesurer précisément les investissements effectivement réalisés, les emplois créés ou leur contribution à la diversification productive.
L’Exécutif revendique par ailleurs une stratégie dont l’efficacité serait confortée par les perspectives de croissance évoquées par le FMI et la Banque mondiale, avec des taux proches de 4% pour 2026 et 2027. Ces projections constituent toutefois des perspectives de croissance et non, à elles seules, une mesure de l’amélioration du niveau de vie.
Le véritable enjeu du PLF 2027 sera donc de déterminer dans quelle mesure les dépenses sociales, le soutien à l’investissement et les politiques de diversification peuvent produire une croissance plus créatrice d’emplois et moins dépendante de l’intervention de l’État.
Le texte doit désormais être soumis au prochain Conseil des ministres pour adoption. Présenté comme une nouvelle étape de la stratégie économique engagée depuis plusieurs années, il devra surtout démontrer que la protection du pouvoir d’achat et la diversification ne restent pas des objectifs budgétaires récurrents, mais se traduisent par des résultats mesurables sur les prix, l’emploi, la production et la capacité de l’économie algérienne à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
MK/AK/Sf/APA





