La justice tunisienne a reporté au 12 octobre l’examen d’une vaste affaire portant sur l’acquisition de biens confisqués après la chute de Zine El Abidine Ben Ali, dans laquelle comparaissent notamment l’homme d’affaires et dirigeant d’Al-Qotb, Riadh Ben Fadhl, détenu depuis près de trois ans.
La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis devait examiner mercredi 30 septembre un dossier impliquant plus de 25 prévenus, concernant les biens confisqués de l’ancien président Ben Ali. À la demande de la défense, l’audience a finalement été renvoyée au 12 octobre. L’affaire porte sur des soupçons de corruption financière et de blanchiment d’argent liés à l’acquisition de biens saisis après la révolution de 2011.
Le dossier concerne notamment des voitures de luxe, des objets de valeur et d’autres biens issus des patrimoines confisqués de l’ancien régime, qui avaient été proposés à la vente par les structures publiques chargées de leur gestion. Les poursuites portent sur la régularité de certaines acquisitions réalisées à travers des ventes aux enchères ou des appels d’offres. La défense de Riadh Ben Fadhl soutient que les opérations avaient été effectuées dans le cadre de procédures officielles et que les offres présentées respectaient les règles en vigueur.
L’enquête avait été relancée en novembre 2023 par la brigade centrale spécialisée dans les crimes financiers complexes de l’Aouina, sur autorisation du parquet du Pôle judiciaire économique et financier. Un juge d’instruction avait alors délivré un mandat de dépôt contre Riadh Ben Fadhl pour des soupçons de corruption financière liés à l’acquisition des biens confisqués et de blanchiment d’argent. La procédure s’est ensuite étendue à plusieurs autres personnes. Des audiences ont été reportées en 2026, tandis que certaines demandes de remise en liberté ont été rejetées.
La durée de la détention provisoire de Ben Fadhl constitue l’un des points sensibles du dossier. L’Observatoire de la liberté en Tunisie dénonce les reports successifs et appelle à un examen de la nécessité de maintenir cette détention, ainsi qu’à un jugement dans un «délai raisonnable». L’organisation demande également que les responsabilités soient examinées individuellement, notamment concernant la fixation des prix et le rôle des organismes publics chargés des ventes.
Le parcours de Riadh Ben Fadhl ajoute une dimension politique au dossier. Ancien homme d’affaires actif notamment dans la publicité, il dirige le parti de gauche Al-Qotb. Dans une autre affaire liée aux douanes et au secteur bancaire, il avait été condamné en première instance en mai 2024 à quatre ans et six mois de prison et à des amendes, avant que la cour d’appel n’annule cette condamnation en avril 2025 à la suite d’une régularisation financière présentée dans le cadre du mécanisme de réconciliation pénale. Sa détention s’est toutefois poursuivie en raison du dossier relatif aux biens confisqués. La prochaine audience devra ainsi permettre à la justice de poursuivre l’examen d’une affaire où se croisent gestion des biens de l’ancien régime, procédures de vente publiques et responsabilités individuelles.
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